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26 janvier 2015

Hélios & Justine


Dans la série des humains du lundi : Hélios au débourrage sous la tutelle ferme et tendre de Justine. Des images qui datent de l'été 2013... comme le temps file !

Une Justine dont la compétence, la sensibilité et le professionnalisme nous ont comblés et ravis, surtout de la part d'une aussi jeune femme (même pas 20 ans à l'époque!) Si elle lit, elle doit rougir, car la jeune prodige est aussi douée avec les chevaux qu'elle est modeste... Et les photos illustrent mon propos :


Si mon souvenir est bon, c'était la troisième fois qu'Hélios avait un cavalier et la première fois sans que je le tienne en longe ou que je marche à leurs côtés.



Un Hélios tellement à l'écoute que Justine n'arrivait pas à croire qu'il fut si débutant. Comme quoi, je prends mon temps pour mettre un cavalier sur le dos de mes bébés, mais le travail au sol et l'éducation qu'ils reçoivent quotidiennement donne ce résultat : un jeune étalon qui prend deux minutes pour comprendre et interpréter les aides, ravis de ce nouveau jeu.




De courtes séances dans le calme, le plaisir et la concentration, puis un cheval à qui on donne le temps d'intégrer l'expérience, cela donne un cheval débourré aux trois allures et sorti en balade dès la première semaine!



Un bien joli couple! J'adooooore l'attitude détendue d'Hélios, la douceur de son regard. En anglais, on parle de soft eye, d'oeil doux; un oeil qui n'exprime ni crainte ni énervement, zen.



Note à Justine : Reviens! Tu nous manques à tous, deux et quatre pattes Namaspamoosiens !

8 décembre 2014

Le grand secret


Le qualificatif qui revient le plus souvent dans la bouche de nos visiteurs à propos de nos chevaux est : zen

Zen dans l'ambiance générale, zen dans l'apprentissage, zen dans les émotions partagées.

(pour ma part, j'y ajouterais le mot humour aussi. Et amour, essentiellement).


Vous êtes-vous déjà demandé comment Hélios faisait pour avoir l'air aussi doux, aussi calme, aussi détendu...
...aussi zen ?


Rien qu'à l'admirer et on se sent tout ramollo du dedans de soi... avec une irrésistible envie de lui faire un câlin ou un bisou entre les naseau.... Les soucis s'envolent, on vit l'instant présent, perdu dans une contemplation que le Dalaï Lama lui-même nous envierait !




Le secret est pourtant très simple : il suffit de faire quelques étirements de relaxation de base, qui fonctionnent autant pour les humains que pour les équins.


Avec toute la concentration dont on est capable, il faut mobiliser et étirer les différents muscles du visage en les tortillant dans tous les sens, en apportant une attention particulière à tous les plis à l'origine des rides d'expression.

Comme cela :










Ensuite, on baille plusieurs fois, en y mettant tout son coeur... 
 








Et voilà ! Admirez le résultat ! Difficile de faire plus zen :




En bref, le secret est dans la grimace !













Bon lundi 


3 décembre 2014

Passion & Hélios


La relation qui unie Hélios et Passion est des plus intéressante. Une amitié virile faite de complicité et de tensions qui vont parfois jusqu'à l'affrontement. Des combats de coqs, des tendresses de poules et des idioties de mecs...


Ces photos ont été prises après une séance montée, en juillet. Les deux sont laissés en liberté dans la carrière, le temps que nous rangions le matériel. Ils ont travaillé côte à côte, chacun concentré sur sa cavalière, sans un regard l'un pour l'autre. Puis, nous les avons lâchés.



 Hélios a fait comme s'il découvrait tout juste que Passion était là, s'avançant l'air avantageux et très «étalon», l'encolure rouée, les yeux brillants, les naseaux inquisiteurs, reniflant Passion avec toute l'arrogance du jeune blanc-bec qui s'imagine nimbé d'une aura de virilité irrésistible...



D'abord un peu surpris, Passion l'accueille de toute sa hauteur et son expérience. Lassé d'être humé, il détourne la tête, mais ne bouge pas un pied (ce qui aurait été un signe de soumission).



Un peu surpris par cette réaction, Hélios hésite sur l'attitude à adopter...




Puis Passion retourne la politesse à Hélios; s'ensuit des reniflements sonores, des partages de souffles, des coups de nez sous les aisselles... C'est une version équine de «la mienne est plus grosse que la tienne!»





J'avoue qu'à ce stade, je suis un peu écroulée de rire... ce sont de tels clowns! Pour l'aura de virilité et le débordement de testostérone, ils repasseront ! Ils n'ont aucune crédibilité, même si les gestes sont les mêmes que lors de vrais affrontements, il y manque la tension et la fougue qui y sont habituellement associés. Pour les avoir déjà vus réellement se défier (et s'attaquer), je sais qu'il ne s'agit que de «politesses» entre mecs qui se connaissent bien.




Finalement, probablement un peu vexés par mon rire, les deux s'éloignent drapés dans le peu de dignité qu'il leur reste. Hélios secoue la tête de frustration, pas complètement ravi de ce statu quo



 Il faut dire aussi qu'il y a des filles qui interpellent Hélios, plus loin, derrière les clôtures. Alors que, depuis qu'il est castré, Passion s'intéresse surtout à l'appel de l'herbe verte et tendre...





Je ne sais pas pourquoi, il me font penser à Astérix et Obélix... peut-être le côté un peu enveloppé de Passion ? Hélios est toujours en train de réfléchir et de s'appliquer, alors que Passion, plus soupe-au-lait,  ne résiste pas à l'appel du ventre.



Peu importe, on les aime des sabots à l'extrémité des oreilles !

25 mars 2013

Sur la voie du cheval

Mais non, je ne vous oublie pas !

La vie me tient un peu éloignée de mon blog, mais je vais vous revenir bientôt. En attendant, un autre film qui me rejoint. C'est amusant comme tous les auteurs qui sont présentés font partie de mes lectures et de mes références... Sans perdre un esprit critique, mais en conservant un coeur ouvert et une âme disponible, voici une autre voie vers et avec les chevaux ou comment donnez une voix aux chevaux.

Je n'endosse pas nécessairement exactement tous les propos, mais ils sont tous fort proches de ce que je vois et ressens. Lorsqu'on a la chance de pouvoir vivre et observer un troupeau de chevaux aussi proches de l'homme que les nôtres, plein de choses nous semblent évidentes et nous sommes tout surpris de découvrir que ce monde est inconnu de la plupart des cavaliers. Il faut parfois «descendre» de ses grands chevaux pour les découvrir...

Bon visionnement !


11 décembre 2012

Le dieu et son maître

◊ 


En ce même jour de première neige, André travaille dans le parc d'Hélios.
Curieux et joueur, Hélios suit André pas-à-pas, le nez inquisiteur...


Tellement inquisiteur, qu'André est obligé de lui demander de reculer...


 Ce qui ne plaît pas à Hélios : pour un cheval, bouger ses pieds à la demande de l'autre signifie céder à son autorité... ce que Hélios, encore tout échaudé de sa confrontation avec Passion, n'est pas certain d'accepter. Son jeune sang d'étalon frondeur se réveille. C'est l'un de ces moments-clés de l'éducation et André doit absolument gagner ce round. Il demande donc à Hélios de reculer, d'abord simplement en faisant un pas en avant et en dégageant une énergie d'intensité normale.



 Hélios n'est pas impressionné et se permet même un pas en avant, ce à quoi André riposte en allant crescendo dans ses signaux et l'énergie dégagée...




 Mécontent, Hélios s'arrête et hésite, le corps tendu, pas encore prêt à céder... Immédiatement, André augmente la pression de sa demande...




Finalement, Hélios cède et déplace ses pieds loin d'André. Le roi soleil se plie à l'autorité du maître...Et André relâche immédiatement la pression, restant calme et tranquille pour un moment. Il peut ensuite aller faire une caresse à Hélios, puis retourner à ses activités. Hélios le suivra encore, mais plus respectueusement. Lui laissant l'espace de bouger et se plaçant par lui-même hors de la trajectoire d'André.

Langages subtile et passionnant des chevaux...


5 décembre 2012

Retrouvailles

◊
Cela faisait un certain temps qu'Hélios et Passion n'avaient pas été ensemble dans le même parc. Ils se sont toujours bien entendus, mais, pour des raisons de logistique, il avait été difficile de leur permettre de se retrouver, même s'ils se côtoient quotidiennement au travers de la clôture.

Hélios a beaucoup muri ces derniers mois. Il a réalisé qu'il était un étalon séduisant dont le charme adolescent ne laisse pas ces dames insensibles. À dire vrai, les juments le trouvent très mignon et se conduisent en parfaites dévergondées, lui faisant des avances éhontées, frétillant du popotin, regard énamourés et balancements de hanches affriolants, ce qui contrarie Chimo qui voit maintenant en Hélios un rival à mettre au pas.

Le jour de la première neige, nous avons décidé de permettre à Hélios et Passion de se retrouver...

Salutations à la manière des étalons : reniflement des aisselles...



 .. puis du grasset. En donnant quelques coups de nez sous le ventre, devant le grasset de Passion, Hélios affirme sa volonté de dominance...




Ce que Passion n'accepte manifestement pas : coup de hanche et menace de coup de pied...




 puis carrément menace de coup de cul ! Hélios évite, mais ne s'avoue pas encore battu.




 Hélios rétorque par une petite levade et manifestation d'impatience avec les antérieurs...




 Retour à la case départ : on se renifle les flancs tout en donnant des coups de nez...



 Temps de réflexion : mmmm, on se chicane ou on est copain ?




 On se renifle les naseaux, partage du souffle et des phéromones...




 Cela m'amuse toujours beaucoup cette compétition d'égos, entre étalons (même si Passion est maintenant castré, il n'a pas oublié les coutumes...) C'est à qui se renifle le plus fort et le plus longtemps, qui aura le dernier mot...




 Hélios semble dire : «ok, là c'est bon ? Si tu continues, je te croque un bout de naseau !»




 Encore un temps de réflexion...





 Hélios : «Puisqu'on s'est mis d'accord, on est potes et on s'en va s'amuser !»



 Passion : «D'accord, mais je passe devant !»

Ils ont finalement passé la journée ensemble, comme si de rien n'était, chacun (re)connaissant sa place.

31 août 2012

Le bonheur est souvent dans le pré !

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Afin de commémorer mon retour dans la blogosphère, je me permets de partager la réponse que je viens d'envoyer à l'une de nos ex-stagiaires, histoire de nous remettre dans le bain équin. Je le fais sans prétention aucune. Cette jeune femme, par ailleurs superbe cavalière, a eu la gentillesse de faire appel à mon point de vue. Ce billet n'est donc que ça : mon point de vue, l'approche que je favoriserais dans ce cas. Ce qui me fait m'apercevoir qu'il n'est vraiment pas facile de mettre par écrit les étapes d'une danse faite de ressenti, d'observation, d'action-réaction au gramme et à la seconde près... Les chevaux ne viennent pas avec un mode d'emploi et les humains n'ont plus. Ce qui fonctionne avec l'un peut s'avérer totalement inadéquat avec l'autre... Il y a des jours et des lunes où les étoiles s'alignent parfaitement et la danse s'exécute à la perfection. Et des jours de dépression et d'orages où rien ne semble fonctionner... Le mot d'ordre est patience. Patience, persévérance, observation, instinct, ressenti... et zénitude !

***

Bonjours Isabelle, (...) je tenais à te remercier pour tous tes conseils, ils m'ont bien aidée avec mon cheval, grâce a ta technique de travail en liberté j'ai réussi à le faire monter dans le grand méchant van qui le terrifiait!! et je voulais te demander si tu avais un conseil à me donner, car je rencontre une difficulté avec mon cheval, il ne se laisse plus du tout attraper au pré. Certaines personnes m'ont donné des conseils, mais je n'aime pas forcément leur manière de faire et vu que j'aime beaucoup ta technique, je voudrais savoir si tu avais un petit conseil?? Merci d'avance de ta réponse, plein de bisous à tout le monde aux ranch à bientôt!
B.

Bonjour !

Désolée, je ne sais pas faire court et, à la relecture, je me rends compte que ma réponse tient plus du roman que du petit truc technique...

Merci pour ces nouvelles et ces gentils mots. Voyons ce que je peux faire pour ton cheval et toi.

Il y a plusieurs approches possibles, mais la première chose à faire est de te mettre à la place de ton cheval et d'essayer de comprendre pourquoi est-ce qu'il ne veut plus se laisser attraper. Est-ce que c'est parce qu'il craint quelque chose ou simplement parce qu'il est mieux au pré avec ses copains qu'avec toi (surtout si c'est pour travailler) ? Est-ce que c'est tout le monde qui ne peut pas l'attraper ou bien une personne en particulier ? Est-ce que c'est seulement lorsque tu as une longe en main ou bien est-ce en tous temps ? Y réfléchir te permettra de choisir la meilleure approche.

Ensuite, il ne faut pas être pressé(e). Si tu te dis : «J'ai 20 minutes pour l'attraper» cela va te prendre la journée. Si tu te dis que tu as toute la journée devant toi, cela te prendra probablement moins de 20 minutes... Cette attitude mentale va se transférer à ton attitude physique. Les chevaux lisent le langage corporel avant toute chose. Il faut donc être conscient de l'image, l'énergie que nous projetons.

Je sais que je l'ai déjà dit, mais la lecture du livre COMMUNIQUER AVEC SON CHEVAL de Véronique de Saint-Vaulry est un excellent outil aussi.

Il faut que ton cheval ait envie de venir te rejoindre et de passer du temps avec toi. En échange, il faut que tu lui offres des moments de belle complicité et d'amitié, que cela ne soit pas uniquement lorsque tu veux le monter que tu ailles le voir... de bonnes séances de grattouilles sont toujours appréciées. Mais n'oublie pas d'établir des règles claires, notamment sur le respect de ta bulle et le fait qu'il est strictement défendu de te bousculer ou de te faire bouger (relation de dominance). C'est toi qui entre dans sa bulle, c'est toi qui décide de le grattouiller et c'est toi qui décide quand la séance est terminée.

Ensuite, dans les techniques possibles, il y a l'approche-retrait; celle qui est de rendre désagréable le comportement que nous ne souhaitons pas et agréable le comportement que nous voulons, ou bien celle qui consiste à établir une relation de confiance maître à élève, dans le respect de la nature et du mode de communication des chevaux. Cette dernière consiste à se poser comme leader, en personne de confiance, celle qui sait, et cela s'obtient en gérant les déplacements du cheval, sans jamais le mettre dans une situation où il se sentirait en danger.

Dans le troupeau, le cheval reconnaît la supériorité de la jument alpha. Il la laisse manger et boire avant lui, mais il sait aussi qu'elle a pour mission de mener son troupeau aux meilleurs herbages, aux meilleurs points d'eau, sur les chemins les plus sûrs. C'est donc un respect naturel et réconfortant. La matriarche s'assure que tout le monde suive les règles, avec consistance. Les règles ne changent pas au gré de son humeur, elles sont claires, donc le cheval les comprend et les suit de bon gré. Ces règles et habitudes sont sources de confort et de sécurité. En agissant comme le ferait la matriarche, notre cheval n'en sera que plus à l'aise et ravi de nous suivre.

Donc, rentre dans le pré, à portée de voix et de vue de ton cheval, mais sans avoir l'intention de l'attraper - du moins pas tout de suite ! - il faut qu'il soit calme et se sente à l'aise de te voir à cette distance. S'il ne l'est pas, prends du recul, trouve la limite de sa zone de confort. S'il fuit, attends qu'il s'arrête, puis approche un peu, arrête, approche un peu, arrête... jusqu'à ce que tu sois à une distance qui te permette de bien le voir et que tu puisses lui parler sans hausser le ton. Tu auras utilisé la technique de l'approche-retrait.

Commence par l'appeler par son nom. S'il lève la tête et te regarde, très bien, félicite-le. S'il t'ignore, augmente la pression de ta demande, tape dans tes mains, sur tes cuisses, saute en l'air... bref, n'importe quoi pour attirer son attention. Dès qu'il te regarde, arrête de gigoter et félicite-le. Demande-lui de garder son attention sur toi (dès qu'il pense à détourner les yeux, les oreilles, rappelle-le). Une fois que tu as bien son attention, deux alternatives s'offrent à toi : soit tu peux l'appeler pour qu'il vienne à toi (la carotte n'est pas interdite!), tu lui fais un câlin et tu t'en va; soit tu peux simplement faire demi-tour, l'ignorer et sortir de son pré. De cette façon, c'est toi qui le quitte et non pas lui qui t'ignore. Bref, tu prends le contrôle de la situation. Tu reviendras une autre fois, plus tard ou un autre jour, pour la suite de la leçon.

Si tu as décidé de l'appeler, il faut qu'il vienne. De nouveau, s'il détourne son attention de toi, arrange-toi pour qu'il revienne sur toi, en augmentant l'intensité de l'appel peu à peu si nécessaire. S'il te regarde, mais ne bouge pas, approche-toi de lui, d'un pas normal, zen mais décidé. Au moindre mouvement de recul, arrête-toi, fais un pas en arrière. Il faut que tu aies son attention et qu'il soit en zone de confort. Il doit aussi avoir toute ton attention. S'il se détourne et fuit (même au pas, s'il s'éloigne, il te fuit), chasse-le, demande-lui de bouger, dirige-le dans une direction puis une autre. Tout cela peut se faire au pas, l'important est que tu prennes le contrôle de son mouvement et non pas de l'effrayer. Rappelle-toi que chez les chevaux, celui qui fait bouger l'autre domine et gère...

Après l'avoir ainsi promené à distance, arrête-toi et appelle-le. S'il s'arrête et te regarde, parfait ! Félicite-le. Marche vers lui tranquillement, sans intention de le faire bouger. Vise son épaule. Sil te fuit, recommence à le faire bouger et à le diriger d'un côté, puis de l'autre. Ignore les autres chevaux qui peuvent être dans le pré, mets toute ton attention sur ton cheval et uniquement sur lui. Il va éventuellement se cacher derrière un copain, ignore le copain et continue la pression afin qu'il se déplace. Idéalement, l'empêcher de rejoindre ses copains en se mettant entre lui et eux est une excellente alternative.

Arrête-toi, laisse-le s'arrêter. Pousse un gros soupir, soit très calme, puis avance vers son épaule. S'il se laisse toucher, fais-lui de grosses grattouilles sur l'encolure, dis-lui qu'il est beau et gentil, repousse un gros soupir (il devrait en pousser un lui aussi, sinon attends qu'il soit complètement détendu), puis quitte-le.

S'il ne s'est pas laisser toucher, tu recommences tout le manège... Soit toujours en contrôle de son mouvement. N'hésite pas à le faire changer de direction souvent. L'important est de le faire bouger et de contrôler sa direction. Reste à distance sécuritaire, toujours.

Et oui, tout ça pour ça. C'est ce que tu te dis, mais c'est aussi ce qu'il va se dire. Pourquoi déployer tant d'énergie pour échapper à un moment somme toutes agréable ? Et, surtout, tu établies une relation de leadership. En ta présence (agréable), c'est toi qui gère et il faut qu'il vienne se mettre sous ta direction attentive et amicale, bien que non-négociable.

La première fois que tu vas pratiquer cet exercice, il se peut que tu y passes un peu de temps. Mais si tu es consistante dans tes demandes et ta façon de faire, tu verras que si, au moindre signe de fuite de sa part, tu lui demandes de bouger, il se retournera bien vite vers toi et t'attendra, rassuré sur ton leadership et ton amitié. Offre-lui des moments agréables. En longe, amène-le brouter des herbes bien dodues et délicieuses. Il sera bientôt ravi de te voir arriver avec le licol et la longe. Et si tu le montes, prends le temps de lui offrir un moment délicieusement agréable en ta compagnie, avant de le remettre au pré. Que le pré ne soit pas la délivrance après un travail ardu.

Que faire si ton cheval n'apprécie pas que tu le fasses bouger, qu'il te menace ou t'envoie un coup de cul de mécontentement ? : Il est tout à fait possible que ton cheval résiste et veuille te confronter, surtout s'il remet en question la place que tu occupes dans sa hiérarchie personnelle. Dans ce cas, ta réponse doit être immédiate et violente (en tout cas dans tes émotions). Il faut que tu le charges, les oreilles dans le crin et les dents en avant, en fouaillant de la queue !!! Ah oui, c'est vrai, tu n'as pas les attributs de la jument dominante... alors fais comme si! Mets toi très en colère et chasse le avec violence (reste à distance sécuritaire, mais si tu  as une longe en main, tu peux la lui lancer sur les fesses). Il faut que tu aies la volonté de le tuer ou, du moins, il faut qu'il t'en croit capable. Dès qu'il montre le moindre signe de «Oups, j'ai fait une bêtise...», arrête-toi, respire un bon coup, redeviens complètement calme et rassure-le : «Tu es un bon cheval, je t'aime et je t'assure de mon amitié, mais ce que tu viens de faire est totalement inadmissible et mortel !»

C'est très difficile à faire et totalement épuisant émotionnellement. Mais c'est indispensable. Un cheval, ça peut être 500 kg d'amour, de gentillesse et d'affection, mais c'est aussi 500 kg dont une bonne part de muscles, qui peut nous tuer d'un coup de pied ou d'un coup de dent. Jamais un cheval se permettrait une incivilité envers un cheval qu'il respecte. Il doit comprendre que la même règle s'applique envers toi (et tous les humains de préférence, même si certains ne font rien pour se faire aimer et respecter).

Bien des gens ont du mal à comprendre ce concept et beaucoup ont peur que le cheval ne les aime plus... L'exemple que je donne à chaque fois est celui d'un parent : le parent aime inconditionnellement ses enfants, mais il établit des règles et gronde- plus ou moins fort selon la gravité de la bêtise - si nécessaire. Est-ce que ses enfants l'en aime moins pour autant ? Certainement pas. Plus le cadre est clair, les règles établies et appliquées sans élasticité, plus il est confortable de s'ébattre à l'intérieur de ce cadre. On sait que l'on peut compter sur nos parents pour nous protéger et nous montrer le bon chemin, même s'il nous arrive de tester leur autorité. Le même principe s'applique pour les chevaux, qui se sentent en sécurité et confortables dans un cadre précis et dans la routine. Il ne faut pas confondre dominance et domination. Dans le premier, on parle d'autorité naturelle et de leadership, d'application de règles équitables et faciles à comprendre. Dans le deuxième cas, il s'agit purement de violence et d'égocentrisme.

Je suis certaine que cela va bien se passer et que tu vas vite retrouver la complicité et l'amitié avec ton cheval, sans avoir à faire trop d'efforts. Le respect et l'attention s'appliquent dans les deux sens, du cheval à l'humain et, c'est essentiel, de l'humain au cheval. L'un ne va pas sans l'autre.
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14 juillet 2012

Le Join-Up déboulonné (de son piédestal)

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J'ai reçu aujourd'hui le texte joint ci-dessous... qui confirme ce que je dis depuis des années  : le travail en rond de longe (round-pen) est très utile, mais encore faut-il savoir l'utiliser...
Monty Roberts est un excellent homme de cheval. Il les connaît et les côtoie depuis toujours, ses clinics sont stimulantes et fort instructives, mais l'expérience et l'intuition ne peuvent s'acheter dans un livre ou un dvd.
Les débutants sont toujours très impressionnés par les résultats spectaculaires des techniques de join-up et ils se lancent à l'aventure - exaltés par ce qu'ils ont vus en vidéo ou lu dans un bouquin - sans avoir appris à lire et comprendre le cheval afin de décoder rapidement le moindre signe de "fuite" (qui commence entre les deux oreilles par l'idée de fuite) et de ne pas mettre de pression inutile. Le but n'est pas de faire fuir le cheval, mais de lui demander de se déplacer et de prendre le contrôle de son mouvement, même à distance. Chaque cheval est différent, certains bougent au regard, d'autres ont besoin de plus "d'explications". Les seules chevaux qui viennent avec un mode d'emploi applicable à tous sont les chevaux-vapeurs !
:o)

Bonne journée !

Isabelle

Remote control horsing.

Cath Henshall has been researching the use of remote control cars when training horses.

SCIENTISTS have challenged the theory behind a popular technique which has been used to train thousands of horses around the world, including those of the Queen.

The Join Up technique, developed by the famed American trainer Monty Roberts, author of The Man Who Listens to Horses, is said to rely on a special non- verbal horse language to alter the animals' behaviour.

But a study led by the equine scientist Cath Henshall, in which people were replaced by remote control cars, suggests the Join Up method works by scaring the animals into submission.

The Join Up technique starts with a trainer chasing an untrained horse around a round pen. As the trainer reduces the intensity of the chasing, the horse approaches and the trainer pats the horse and walks away.

Ms Henshall, who is completing a master's degree in animal science from the University of Sydney, said the approach is considered humane because no physical pressure is applied to the animal and the horse chooses its trainer.

"Two main features of the method are that it depends on the human trainer being able to communicate with the horse using 'horse' body language, and that it is a humane form of training. Our study casts doubt on both those claims," she said.

But Mr Roberts dismissed the findings of the study as an ''absolute joke'', saying the research was an attempt to discredit him.

Ms Henshall and her collaborators used remote control cars to chase 23 horses around a pen.

''The purpose was to see whether we could use a non-human stimulus to get the same kinds of responses that a human can,'' Ms Henshall said.

They found the remote control car could elicit a very similar response in the horse - not running away from the car, and eventually approaching the toy - as Mr Roberts's method.

The results confirmed that the Join Up technique worked because removing something the creature found aversive was rewarding, a behaviour principle known as negative reinforcement, she said.

''The animal doesn't like being chased, it doesn't like being frightened so it learns very quickly how to stop being chased by coming towards the thing that frightens it,'' Ms Henshall said. She will present her findings at the International Society for Equitation Science conference in Edinburgh next week.

Ms Henshall questioned how humane it was to deliberately scare a horse.

Mr Roberts said his Join Up method used both positive and negative reinforcement, and negative reinforcement could be a ''good thing''.

''How do you get a horse to move off your leg? You lay your leg against the horse with pressure and then when the horse steps away you remove the pressure - that's negative reinforcement,'' said Mr Roberts, who advocates non-violence and does not use implements such as whips to control his horses.

He also rejected the study's notion that his methods were inhumane. ''Everybody that ever works with a horse stresses a horse. You will stress a horse when you bring him out of a m eadow,'' said Mr Roberts, who will visit Australia next month.

They have to go through a certain amount of stress in order to accept they are going to live with humans, he said.

Read more: http://www.smh.com.au/environment/animals/science-takes-on-the-man-who-listens-to-horses-20120713-2219x.html#ixzz20bBDhZeL


12 mai 2012

Leçon de désensibilisation

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Journée radieuse, fraîche à souhait, mais avec un vent encombrant...

De la fenêtre du salon, je contemple les chevaux, me demandant lequel sera ma «victime» aujourd’hui. En effet, depuis six semaines, lorsque mes activités me le permettent, j’essaie d’avancer les travaux à faire autour et dans la maison, tout en me consacrant à au-moins un cheval par jour, évaluant le travail à faire avec chacun, les petites réticences, les acquis, les besoins. En gros, je me fais plaisir tout en préparant le terrain pour l’arrivée des stagiaires. Il me sera ainsi plus facile de leur assigner les chevaux à travailler et les missions à accomplir; que cela soit de ne pas avoir peur d’un drapeau, de se faire doucher sans broncher, de respecter notre bulle (on peut faire des bisous sans écraser les pieds de l’objet de notre tendresse, ce qui est fortement apprécié quand le bisouteur pèse quelques centaines de kilos et que le bisouté possède des orteils démunis de sabots...), d’améliorer le travail à pied ou porter son premier cavalier.

Après trois jours gris, froids, pluvieux et venteux, ce soleil est inspirant, malgré le vent rébarbatif... et si justement j’utilisais le vent comme allié pour désensibiliser Passion au drapeau ? Car mon cher gros a décidé qu’il n’aimait pas les tissus qui l'effleurent et, conséquemment, les tapis de selle. Je n’ai aucune idée d’où lui vient cette frayeur, mais il est temps d’y remédier.

J’ai appris que la meilleure façon d’aider un cheval à passer par dessus une frayeur et de l’amener à réfléchir est de le mettre en liberté dans le rond de longe, ce qui lui permet de céder à son instinct de fuite, tout en n’échappant pas au «monstre» qui l’effraie. Le but n’étant pas de le terroriser ni de le pourchasser, mais de le faire réfléchir à la situation, une fois que la décharge d’adrénaline ne fait plus effet. Et un cheval qui réfléchit est un cheval qui apprend et qui évalue la situation de son point de vue, plutôt que de se faire imposer une situation. C'est bien plus agréable et plus sécuritaire, tant pour le cheval que pour son humain.

J’ai aussi appris que tous les chevaux n’ont pas le même tempérament, la même curiosité. Comme nous, ils ont leurs qualités et leurs défauts. L’avantage de Passion est que, comme sa maîtresse (qui se ressemble s’assemble ?), il est gourmand. Il est aussi joueur et intelligent. J’ai décidé d’utiliser ces atouts en ma faveur.

Je suis allée chercher le drapeau - une vieille taie d’oreiller blanche clippée sur une sorte de badine - ainsi que le bare-back pad, un tapis dos-nu qui est une espèce de tapis de selle coussiné munis d’une sangle et qui permet de monter avec les mêmes sensations qu’à cru, mais en conservant des fesses sèches et exempts de poils. J’ai planté mon drapeau dans un cône au milieu du rond de longe et installé le pad sur la barrière. Une fois ma poche remplie de bonbons (gros morceaux croquants fait à base de luzerne, huile de canola et autres délices équins), je suis allée chercher Passion dans son pré. Évidement, Akilédou, Camino, Hélios et Baabul étaient très déçus que je ne les choisisse pas. Il a fallu que je m’arrête à chacun pour lui faire un câlin, étapes obligées d’une bonne séance de travail. Ensuite, Passion ayant obligeamment plongé sa tête dans le licou, nous voici en route pour l’aventure.

Au beau milieu du rond, le drapeau claque au vent. Il attire l’attention de Passion, sans l’empêcher de rentrer calmement dans l’enceinte. Je le libère et l’observe. Il décide de marcher un peu, surveillant le drapeau du coin de l’oeil. J’estime que son degré d’inconfort est de 3 ou 4 sur une échelle de 10. Je lui donne encore une minute et, oubliant le drapeau, son attention est finalement attirée au loin par Hélios, que j’ai mis en liberté dans le jardin par la même occasion. J’en profite pour m’avancer vers le centre et prendre le drapeau en main, l’élevant un peu. La tête de Passion s’élève  d'autant et il part au petit trot. Je reste sur place, m’arrangeant pour que le drapeau prenne bien dans le vent et s’agite, sans que j’ai à me déplacer. Je me suis mise dos au soleil, comme ça, je peux surveiller Passion, lorsqu'il passe derrière moi, en regardant son ombre, sans avoir à me retourner. Je respire, détend mes épaules, le laisse tourner un tour, deux tours... au deuxième tour, il donne un coup de cul libérateur de frustration. Le troisième tour se fait au pas et il s’arrête face à moi. Brave Passion, ça a été beaucoup plus rapide que je m’y attendais. Je le félicite et l’encourage à venir me voir. Il hésite, réfléchit, puis s’approche. Il effleure le drapeau du bout du nez et se voit offrir un bonbon : alors ça c’est chouette ! J’agite un peu le drapeau et il recule. Dès qu’il s’arrête, j’arrête aussi et l’encourage à revenir, ce qu’il fait assez vite. Un bonbon, puis je commence à le toucher avec le drapeau. Il n’est pas certain d’apprécier, mais à chaque signe de bonne volonté de sa part et de détente, il a droit à des félicitations et à un bonbon. Soudain, il recule d’un pas, me regarde intensément et je pourrais jurer que je l’ai vu sourire : il vient résolument à moi, fait exprès de passer dans le drapeau, me laisse lui passer le drapeau sur le dos, et tout le corps, se retrouve avec une taie d’oreiller sur la tête, le sourire aux lèvres gourmandes : il a compris ! S’il suffit de se laisser décoiffer par un bout de tissu pour avoir droit à  des félicitations (orgueilleux !) et à des bonbons, allons-y de bon cœur !

Je fais ensuite le même exercice avec le pad. Il ne se pousse même pas, mais tressaille un peu au contact. Cela lui prend moins d’une minute pour comprendre que le principe est le même : je reste zen et tranquille pendant qu’on me jette ce pad, d’un côté comme de l’autre, sur le dos, le cou, les fesses, alouette ! Et les câlins et les bonbons abondent. Il sait aussi, depuis longtemps, qu’il ne faut pas quémander et attendre l’ordre pour prendre les bonbons, mais dans son enthousiasme, il oublie quelques fois et il a droit à un rafraîchissement de mémoire.

Super séance, je suis ravie et Passion semble content aussi. Je l’emmène brouter un peu dans le jardin, en profite pour lui remettre le pad sur le dos alors qu’il broute; ça se passe bien. Mission accomplie pour aujourd’hui !

  • Note  de l’Auteur : Et non, il n’y a pas de photos. Lorsque je travaille avec un cheval, il mérite toute mon attention, tout le temps. Je ne peux pas être à la fois photographe et acteur, et si personne n’est disponible pour prendre des photos, il n’y en a tout simplement pas. D’où le silence de ce blog ces derniers temps. Finalement, j’ai pensé qu’il valait mieux donner des nouvelles sans photos, que laisser un grand vide.



2 février 2012

Père et fils

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Passion et Akilédou, les deux hommes de notre chère Augustine.





 La petite histoire derrière cette photo :

Chimo avait décidé de faire bouger Akilédou, car il l'estimait trop près de la clôture où se trouvait une de ses juments en chaleur (rappelons-nous qu'en langage cheval, faire bouger l'autre est une démonstration de sa dominance).

Passion - qui traverse en ce moment une crise chevaleresque qui le fait se poser comme protecteur du faible et de l'opprimé - est promptement venu s'interposer, oreilles couchées et regard furieux : ne touche pas à mon fiston !

Passion reconnaît la dominance de Chimo, mais il ne s'asservit pas pour autant. Relation de roi à prince; le prince obéit si le roi ordonne, mais il a sa fierté et une autorité incontestable. Ils sont passionnants à observer. Régulièrement, Chimo vient voir Passion et s'ensuit une séance de mesure d'autorité : épaule contre épaule, tête-bêche, chacun renifle l'aisselle de l'autre et couine. Aucun ne veut céder un centimètre. Chimo secoue la tête en signe de frustration et Passion reste de marbre, il sait qu'il est plus grand et beaucoup plus lourd, plus jeune aussi. Ce n'est jamais Passion qui vient chercher Chimo, mais Chimo qui vient s'assurer que son autorité n'est pas contestée. Passion lui répond : je reconnais ton autorité et l'accepte, mais je ne plie pas. Après cette mise au point quotidienne, chacun retourne à son activité qui peut être de manger côte-à-côte au même râtelier !

Photos prises au Domaine du Ranch Namaspamoos
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3 décembre 2010

Celle qui va

Selka & Isa-de-Namaspamoos, autoportrait complice.


Celle-qui-va, Selkiva, celle qui est finalement devenue Selka.

J'ai su que j'adopterais Selka le jour où j'ai appris son existence et sa situation. Et j'ai su que je devais changer son nom par la même occasion. Car notre Selka est née Sandy's Spice Curl dite Spicy, en Colombie-Britannique. Pourquoi changer son nom ? Tout simplement parce qu'il ne lui convenait pas et parce que son éleveur n'avait pas pris la peine de s'occuper de la faire enregistrer. Les chevaux de race sont rarement appelés par leur vrai nom, souvent long et pompeux, ils héritent de surnoms ou de diminutifs plus simples et qui conviennent souvent mieux à leur personnalité. Mais dans le cas de Selka, ce besoin était plus intuitif; son «vrai» nom ne lui convenait pas et même un surnom n'aurait pas fait l'affaire.





Nous étions en 2008, Selka avait trois ans. Elle avait été achetée toute pouliche par une gentille dame qui ne connaissait rien aux chevaux, mais qui avait craqué pour la peluche vivante qu'elle était à l'époque : une ponette pie noire, couverte de frisous et tout simplement adorable. C'est donc à 6 mois qu'elle entama le premier de ses longs voyages, de Colombie-Britannique au New-Hampshire, pratiquement 5000 km de camion.

Dans sa nouvelle famille, Spicy a été gâtée en caresses et en carottes et heureusement qu'elle vécu toujours avec d'autres chevaux qui l'éduquèrent, car sa famille humaine ne lui donna jamais la moindre indication de comment une pouliche bien élevée devait se conduire. Pour Spicy, les humains n'étaient que des distributeurs de carottes auxquels il n'était même pas nécessaire de dire s'il vous plaît et merci. La jeune Spicy, dénuée de méchanceté mais intelligente et perspicace comme savent l'être les chevaux, appris très vite qu'il suffisait de baisser les oreilles et de faire mine de tapper pour que les humains la laisse tranquille. Car pour un cheval, celui qui recule, même d'un centimètre, est dominé et le dominé cède naturellement sa place au dominant quand celui-ce se présente; cette relation hiérarchique n'empêchant en rien l'amitié. Ainsi, on verra un dominé céder sa place au ratelier, puis revenir s'installer pour manger à côté de son patron. Du moment que les règles sont respectées, tout se passe naturellement et sans heurts, chacun connaissant sa place. On parle d'ailleurs de dominance et non de domination, ce que bien des humains confondent.



 Bref, Spicy a trois ans et est adorable avec les humains tant que ceux-ci ne prétendent pas lui demander quoique ce soit. Mal entourée et mal conseillée, la gentille dame ne sait plus quoi faire de cette adorable peste et se résigne à la mettre en vente. Elle appelle une amie éleveuse pour savoir si elle serait intéressée et celle-ci me contacte, sachant que je m'intéresse aux poneys...  Comme d'habitude, suivant mon instinct, je me lance dans l'aventure. Avec mon amie, nous allons chercher la Miss Personnalité. Elle me plaît immédiatement : d'une taille idéale, belle et rebelle, mais pourtant pleine de bonne volonté. Elle a l'oeil doux et un regard où pétille l'intelligence et l'espièglerie. Malgré les affirmations de la dame, je n'y vois nul méchanceté ou sournoiserie. Curiosité et retenue se mêlent; j'ai hâte d'entrer en communication avec elle. Il suffit de quelques minutes de travail à pied pour lui apprendre à céder (ô quelle nouveauté !!!) à la longe et la voici me suivant sans hésiter dans la remorque. Mille cinq cents kilomètres additionnels plus tard, Spicy fait connaissance avec sa nouvelle maison et son nouveau nom se présente de lui-même : je voulais conserver le «S» du nom de son père et c'est d'abord Selkiva qui me semblait juste, mais pas tout à fait. Et Selka s'est imposé, naturellement sorti de ma bouche quand je lui dit bonjour le matin suivant.



 Et nous sommes tombés sous le charme. Pétillante, effrontée, câline et obstinée, la belle Selka est aussi pudique. Elle adore ses humains, mais elle aime bien leur tenir tête, ou faire semblant. Il suffit de déjouer ses astuces et lui montrer qu'il est bien plus agréable de collaborer que de rechigner. Elle boude facilement et n'apprécie pas que cela nous fasse rire. Lors de ses chaleurs, elle est chatouilleuse et d'humeur changeante. Mais quel puit de tendresse (et de gourmandise, il faut bien l'admettre) ! Et quelle formidable maman ! Elle nous a donné la merveilleuse Picola, fruit de ses amours avec Pirate et elle offrira une petite soeur ou un petit frère à Picola l'an prochain. Mais ce bébé naîtra en France, car la belle-qui-va a ajouter quelques milliers de kilomètres à son parcours, faisant la preuve que son nom lui était prédestiné.



Et oui, Selka vit maintenant à Lilodahu, en compagnie de deux autres chevaux, d'un âne, de deux alpagas, d'un chien et de ses nouveaux humains.  Ses aventures sont aussi racontées dans le blog de son humaine, Carole (le lien se trouve dans la liste de blogs, à droite). Et elle a eu droit à 45 cm de belle neige poudreuse, donc elle doit être ravie !

 Toutes les photos que je publie aujourd'hui ont été prises quelques temps avant son départ, alors qu'elle patientait durant son interminable «quarantaine», car l'histoire de son exportation pourrait faire l'objet d'une entrée de blog à elle seule. De report en report, Selka nous a définitivement quitté pour les sommets enneigés de la Haute-Savoie où elle est finalement arrivée fatiguée mais entière.


 Et je crois qu'elle fait le bonheur de sa nouvelle humaine... Enfin, je l'espère de tout coeur. Il est tellement important pour nous de trouver la bonne maison pour nos chevaux. Et j'avoue que nous n'avons pas à nous plaindre, compte tenu du nombre de chevaux que nous avons placés, les probabilités que certaines histoires tristes arrivent augmentent avec le temps. Mais pour l'instant, les nouvelles sont toutes bonnes et heureuses, et nous en sommes ravis.

Mais j'avoue que certains sont plus attachants que d'autres et quel leur souvenir se teinte de mélancolie. Selka nous a fait rire souvent. Maugréer aussi. Et il faut voir le sourire narquois qu'elle nous adressait quand elle réussissait à nous faire marcher ! (Oui, un Curly peut avoir un sourire narquois, il suffit de bien les connaître et d'être attentif !)







Belle, belle Selka, tu me manques. Joue quelques tours à Carole et Gérard de ma part.

Fais les rire comme tu savais si bien nous faire rire.

Et si tu es fidèle à toi-même, tu devrais même apprendre quelques jurons savoyards, comme tu as appris les jurons québécois, les jours où tu faisais tourner André en bourrique ! (Attention, parlant bourrique, tu as de l'authentique sur place, je suis certaine que vous aurez des tas de trucs à partager !)

Où ai-je lu que lorsque la tristesse creuse notre coeur, cela laisse plus de place plus tard pour de l'amour ?