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13 mai 2015

Princesse adolescente


Princesse Chaïli nous quittera vendredi. Elle partira pour sa nouvelle maison, en Allemagne... Gros soupir...

Photos prises avant-hier, sous la pluie, pour les besoins de ses papiers de voyage.
  
Non seulement Chaïli emmènera avec elle un gros morceau de notre coeur, mais ce départ marque aussi la fin d'un chapitre : Chaïli est le dernier bébé de Chimo et, probablement, le dernier d'Harmony aussi.


 
 Chimo et Harmony, l'automne dernier...




Chaïli est maintenant une yearling, elle a un an, avec tout ce que cela implique de croissance en longueur et, parfois, un peu désordonnée; quoique pour l'instant, ses proportions sont toujours élégantes.


Elle n'a pas terminé sa mue. Il lui reste surtout le sous-poil si doux qu'on ne se lasse pas de caresser...



Peut-elle imaginer quel voyage l'attend? J'essaie de le lui dire, de projeter des images mentales... Je crois bien que c'est la première fois qu'un de nos bébé partira seul de la maison. Sans un copain cheval et sans moi ou André. Elle aura des compagnons de voyage, mais uniquement à partir de l'aéroport et ce seront des étrangers.



Je sais qu'elle sera dans une bonne maison avec plein de nouveaux copains, dont une autre pouliche de son âge qui est - de fait - sa nièce puisque c'est la fille d'une fille de Chimo, née en Allemagne.




J'ai beau le savoir, qu'elle sera bien au final, cela n'empêche pas une grosse boule d'émotion de grossir chaque jour un peu plus. Je me sens démunie de ne pouvoir lui dire qu'elle va subir un gros stress, vivre des aventures angoissantes pour un cheval, mais que tout ira bien.  Heureusement que les chevaux ont des capacités étonnantes de résilience et qu'ils prennent les choses comme elles viennent. Généralement, un cheval prend entre 20 minutes et une heure et demi pour s'habituer à n'importe quelle situation. Cela ne veut pas dire qu'il est à l'aise, mais il en prend son parti. On ne peut pas en dire autant des humains qui les aiment...


Hier, je publiais cette photo sur Facebook en demandant à qui appartenaient ces fesses... évidement qu'il y avait un piège, car les fesses de Chaïli sont identiques à celles de son papa !


Mais il s'agissait bien de Chaïli!

Et voilà, une année a passé...

Une semaine...                                                            et un mois.


9 semaines...                                                                 et 4 mois.


6 mois...                                                                      et un an.



29 avril 2015

Alias


Voici un poulain qui n'est pas de chez nous, mais qui est un peu de la famille, dans le sens qu'il est né sous le regard attentif de Jolie, ex-matrone namaspamoosienne, à Ferme-Neuve, chez Katy qui possède un petit élevage de chevaux Canadiens, niché dans un écrin idyllique, entre rivière sauvage et forêt nordique. Cet élevage s'appelle Lou Paìs.

J'ai pris ces photos il y a deux ans déjà, mais de les publier comble un petit peu ma dépendance aux poulinoux, en attendant la naissance des nôtres (encore deux mois à patienter!), et me permet de souligner le 350e anniversaire de cette race formidable, adaptée à nos rudes contrées. D'ailleurs, avant de nous laisser séduire par les Curlies, nous pensions dédier notre élevage aux Canadiens, ils ont donc une place toute spéciale dans nos cœurs.


Alias est un bébé cent pour cent Canadien, quoique d'une couleur assez rare dans cette race qui voit surtout naître des noirs, bais et alezan. Mais le gène crème existe et s’exhibe parfois. Certains éleveurs, comme Katy, les recherchent même. Aujourd'hui, les yeux d'Alias sont noisettes, mais à la naissance, ils avaient ces reflets bleutés ou vert-eau fréquent chez les poulains qui portent le gène crème. Rappelez-vous les yeux émeraude d'Onni à la naissance!

Alias est palomino (un gène crème sur base alezan), de la teinte appelée isabello en anglais. Je ne connais pas l'équivalent en français, mais ça indique un crème très pâle, contrairement au doré habituel.

Je suis passée chez Katy quelques jours après la naissance d'Alias et il se trouve que j'avais mon appareil photo. Je vous laisse l'admirer...

N'oubliez pas que vous pouvez voir ces photos en plus grand simplement en cliquant dessus !
















8 avril 2015

Chimo


Série de photos prises par Camille, il y a deux ans. Je me suis contentée de les recadrer. Comme le masque anti-mouches de Chimo est au sol derrière André, je présume que le but de l'exercice était tout simplement de le lui mettre, un jour où celui-ci n'en avait probablement pas envie.

André demande à Chimo de venir le voir et Chimo rouspète, car il a une réputation d'étalon indépendant à faire respecter...

Confrontation entre deux esprits aussi obstinés l'un que l'autre. Chimo sait très bien ce que lui demande André, mais ça l'agace! Et quand Chimo est agacé, il secoue la tête... ce qui donne des photos plutôt cocasses!



Alors qu'André demeure calme et ancré, en faisant signe à Chimo de venir le voir, Chimo fait les cent pas, résiste mentalement et... secoue la tête! C'est un peu le doigt d'honneur des chevaux...




Chimo : Non! Non! Non! Je ne cèderai pas! Je sais ce que tu demandes, mais ça m'agaaaace!
André : Je sais. Viens me voir quand-même...



Chimo (ronchonnant) : Bon, ok d'abord... on ne va pas y passer la journée, comme tu insistes...
André (toujours aussi posé) : merci.



Chimo (in petto) : Tout ça pour ça!

Petite note sur Chimo :

Chimo a eu une enfance difficile. Il semble qu'il ait passé les six premières années de sa vie dans un rond de longe de 18 mètres de diamètre, à trotter et galoper dans un sens et dans l'autre, jour après jour.
 
Lorsque nous sommes allés le chercher, il avait 6 ans, il portait encore un licou de yearling dont - heureusement - la muserole (la partie autour du nez) avait lâché, quoique son chanfrein reste marqué par le fait qu'il a grandit dans un licou trop petit.

Manifestement, ses sabots n'avaient jamais été parés et - une fois encore - heureusement qu'il était aussi actif, ce qui a permis de les garder d'une longueur raisonnable, mais le fait de toujours tourner en rond lui avait quand-même déformé les pieds.

Les humains, surtout les hommes, l'inquiétaient énormément et, s'il se sentait coincé, il était tout simplement terrifié. Son ex-propriétaire nous a dit qu'il avait été "éduqué" par un élève de John Lyons. Nous avons surpris cet homme en train "d'éduquer" une pouliche et nous avons pu constater que 1) s'il avait suivi le moindre enseignement de John Lyons, il ne les avait certainement pas saisis; 2) On comprenait d'où venait les crises d'angoisses d'Insy (qui vient du même endroit) et j'ai pu diagnostiquer pourquoi Chimo était alors particulièrement intouchable du côté droit et impossible à toucher sur les jambes :  probablement attrapé au lasso, jeté et ligoté au sol et "désensibilisé" à grands coups de corde... Oui, cela se fait. Encore. Beaucoup. Oui, c'est abominaffreux.

Je vous passe les détails sur comment nous avons découvert Chimo, les tenants et aboutissants, c'est une longue histoire... mais rendons à César ce qui lui appartient, il y avait un humain qui l'aimait vraiment et beaucoup, à qui il n'appartenait pas, mais qui lui a probablement permis de conserver cette gentillesse innée. Car Chimo est un gentil. Fier et gentil. Nous sommes tombés sous le charme dès l'instant où nos yeux se sont posés sur lui. C'est cette présence, cette fierté qui nous a fait le ramener chez nous, malgré ce que la raison nous dictait. Jamais, une seconde, ni André ni moi n'avons regretté cette décision.

Chimo nous a appris tellement. Un professeur extraordinaire qui ne laisse rien passer. Au sol et à distance, il lit le moindre transfert de poids de notre corps, froncement de sourcils, changement d'humeur, manque de concentration. Il nous a fait remettre en question le peu que nous savions, nous a forcé à l'étude, la patience et le calme intérieur. Il pardonne nos erreurs, mais nous fait revoir nos leçons. Chimo est un maître.

Malgré ses peurs et ses angoisses et malgré nos maladresses, malgré qu'il soit entier et qu'il ait un harem à aimer et protéger, Chimo n'a jamais été agressif. Même lorsque, alors que je lui apprenais à se laisser toucher les jambes, il les lançait violemment hors de portée, il a toujours pris soin de ne jamais le faire dans ma direction; sa défense a toujours été de se mettre hors de portée, jamais l'attaque. Sauf une fois, au tout début, la seule et unique fois où il a montré de l’agressivité vers un humain : un cow-boy du dimanche empestant l'after-shave pérorait avec arrogance, dos à Chimo. Moi, polie, je faisais semblant d'écouter, cherchant une issue qui me permettrait de me débarrasser du fâcheux, lorsque Chimo l'a soudainement mordu à l'épaule! Comme il n'y avait pas mort d'homme, j'ai eu beaucoup de mal à retenir mon rire alors que le vaniteux prétendait que cela n'était rien, mais je sais qu'il a du avoir un sacré bleu. Et il est parti, le sourire crispé. Merci Chimo.

Depuis, nous avons fait un bien beau bout de chemin avec Chimo. Toujours attentif, il travaille au sol parfaitement. J'avais commencé son débourrage et, petit à petit, il acceptait selle et bride sans difficulté. Lui faire accepter que nous soyons plus haut que lui, perché sur un montoir, à ses côtés, a été tout un défi. Quand est venu le temps de le préparer au cavalier, j'ai senti qu'il était trop tôt. Simplement le fait de poser ma main sur la selle, alors que j'étais debout sur le montoir, le faisait s'enfuir, que cela soit physiquement ou psychologiquement. Alors j'ai arrêté, décidée à lui donner le temps qu'il faudrait et si l'occasion ne se présentait jamais et bien, c'était sans importance. Il était heureux, adorable avec ses juments, produisant des poulains merveilleux, toujours préoccupé par la sécurité de son troupeau. C'était son boulot et il le faisait parfaitement.

Dans la vie, un étalon a deux obligations : se reproduire et protéger son troupeau. Chimo a fait l'un et l'autre avec brio. Mais le métier d'étalon est dur pour les nerfs, car il demande une vigilance de tous les instants. Chimo va avoir 19 ans cet été, nous avons voulu lui offrir la zénitude qu'il méritait et c'est pourquoi nous l'avons fait castrer (voir Le Battement d'aile du papillon). Rassurez-vous, il va très bien et, surtout, il semble zen. Il est beaucoup moins anxieux pour ses filles et les laisse vivre leur vie alors qu'il profite du soleil printanier pour faire une sieste. Bien sûr, il continue à réagir quand l'une d'elle vient lui faire de l'oeil, mais il se lasse et finit par les ignorer. Pour l'instant, il répond toujours à Hélios quand celui-ci le nargue et le défie, mais ce n'est plus Chimo qui commence. Bref, il se passe ce que nous souhaitons. Et je pense même revoir son débourrage cet été, qui sait, il sera peut-être ravi d'avoir une nouvelle job?

7 janvier 2015

L'oeil d'une autre


Certaines rencontres sont des retrouvailles; l'impression de deux âmes qui se connaissaient déjà et qui se retrouvent.

J'admire les œuvres de Léa Rivière depuis longtemps. Elles me parlent, viennent me chercher, m'émeuvent. Elles disent la tendresse, la complicité, l'émotion, la connexion, la fusion. Elles illustrent cet indicible qui nous élève, ce lien qui nous fait UN avec l'autre, la nature, les éléments. C'est du moins mon interprétation.

Quand le hasard mis Léa sur mon chemin, je fus ravie! Et quand je la rencontrai enfin, la citation d'Éluard prit tout son sens : Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous. Je ne dis pas que nous sommes devenues des amies intimes, loin de là ou, peut-être, pas encore, mais il est évident que chimie il y a et que j'adore tout simplement quand les astres s'alignent ainsi!

Il y a une dizaine de jours, je recevais un courriel dans lequel on pouvait y lire :
Je t’envoie les photos que j’ai faites lors de mon passage chez toi.
J’en ai fait peu ce jour-là, mais je pense que tu seras contente de les voir.
Je les aimes bien, j’y retrouve ta formidable complicité avec tes compagnons.
Cette série prise sur le vif est très chaleureuse à mes yeux et pleine de la douce tranquillité que tu irradies avec eux. (...)

C'est un message de Léa qui, cet automne, nous a rendu visite pour quelques heures d'immersion intensive dans mon univers de poilus... Et elle avait apporté son appareil photo! C'est donc son regard sur mon petit monde que je vous offre aujourd'hui, avec son autorisation bien sûr.

Comme d'habitude, pour voir les photos en plus grande taille, il suffit de cliquer dessus.


 Chimo faisant de doux yeux à sa tendre épouse, Harmony...




 Puis tout fier d'avoir su attirer son attention !




 À mon avis, Chimo est lui-même une oeuvre d'art...




 Une chose qui me frappe, c'est combien Léa sature de couleur ses photos, alors que ses tableaux sont presque monochromes.  C'est la première chose que j'ai remarquée. Comme si les tableaux montraient un monde onirique et les photos un autre, différent.



 Quoiqu'on y retrouve aussi du noir et blanc... (Mister et Pinta).




 Finalement, Chimo n'est peut-être pas toujours une oeuvre d'art!




 On pourrait croire que Passion s'est fait faire des mèches... Traitement et saturation des couleurs par l'artiste : j'aime !


OK, les suivantes, j'ai hésité à les publier, car je préfère toujours être derrière l'appareil photo, plutôt que devant. Mais, depuis le temps que je vous saoule avec mes clichés, mes textes et mes idées, autant mettre un visage sur mes mots...


 En conférence avec Pistache et Insy...




 Entretien avec Passion...



 Il semble que nous fassions souvent la même tête, lorsque nous discutons, mes chevaux et moi ! On note la/le narine/naseau frémisant/e!




 Hélios...




 Cette photo est même devenue celle de mon profil sur FB, moi qui n'y avait mis que des photos des chevaux jusqu'à présent! Elle a suscité tant de gentils commentaires... Merci Léa!




 Hélios et moi, nous ne partageons pas que les boucles et la crinière bicolore...




 Nous sommes en dialogue constant et, si parfois nos points de vue divergent, nous trouvons toujours un terrain d'entente.




 Passion qui trouve que je ne m'occupe plus assez de lui (il a raison) depuis qu'il vit avec le troupeau. Un parmi d'autre au lieu d'être l'unique. Apprendre à se partager, voilà qui n'est pas facile. Il est mon yang...




Et elle est ma ying !




 Luna... quelle belle histoire aussi !




 Passion, tableau vivant...



16 décembre 2014

Parce que c'était elle... Nymph


Hier, Nymph est partie, pour de bon cette fois.

Elle ne vivait déjà plus avec nous, mais nous avions régulièrement des nouvelles et son souvenir était partout. Je me réjouissais de la revoir au printemps...

Nymph... De penser à elle me submerge d'émotions. Des souvenirs de courage, de tendresse, de ténacité, de résilience, de nuits blanches, d'intelligence, des joies, des rires, des soulagements, de petits et de grands bonheurs qui, brodés côte-à-côte, tissent la trame d'une petite jument extraordinaire. Pendant dix ans, Nymph a partagé notre vie et elle nous a offert la sienne. Nous étions connectées l'une à l'autre, nous nous connaissions par cœur, par le cœur.


 

Nymph, sereine et attentive. Les enfants qui l'entourent ont entre 15 et 18 ans aujourd'hui. La plupart ont connus leurs premiers émois à cheval grâce à Nymph...


Avec le même groupe de personnes, huit ans plus tard... le troupeau a grandit et changé, les enfants aussi. Et Nymph est toujours là...


J'ai passé une partie de la journée d'hier à fouiller dans mes archives photos. Je m'y suis perdue quelques heures, avec chaque image remontant une foule de souvenirs. Par quel bout commencer? Comment raconter, transmettre ce qui faisait de cette petite jument abricot la joie d'un tas d'humains? Extraordinaire, hors de de l'ordinaire. Je vais me laisser guider par les photos...

 Nymph et André, il y a une douzaine d'années. Je me souviens de la plume de geai bleu que j'avais trouvée et qu'il avait piquée dans le son chapeau, de la tendresse de ce bonjour. Deux êtres présents, concentrés; deux amis.

Comme pour chacune de mes images, je me souviens des bruits, des odeurs, de l'atmosphère et des circonstances dans lesquelles elles ont été prises. Pour l'étranger, mes photos sont des illustrations. Pour moi, elles sont l'essence d'un moment.




Nymph toute jeunette (3 ans), déjà un ange avec les enfants qui pouvaient faire toutes les folies imaginables sur et autour d'elle.

Mais ne nous y trompons pas : Nymph était un excellent professeur, elle savait enseigner. Si elle pardonnait les erreurs des débutants, elle se faisait de plus en plus difficile avec le temps. Elle se conduisait à l'assiette (au poids du corps). Si le cavalier lui demandait de tourner sans lui-même tourner la tête dans la direction où il voulait aller, elle ne bronchait pas et continuait tout droit ! Quand le cavalier se plaignait que Nymph ne voulait pas tourner, je lui demandais : «Dans quelle direction veux-tu aller?» automatiquement, le cavalier tournait la tête pour me l'indiquer et, sans coup férir, Nymph tournait aussitôt !


Nymph prenait soin des humains autour d'elle, avec des précautions émouvantes lorsque les personnes étaient fragiles; que cela soit physiquement, psychologiquement ou émotionnellement.


Nymph n'a jamais eu de mors et elle a rarement porté une selle. Son rôle auprès des humains était de prendre soin des enfants, des grands débutants et des personnes qui avaient besoin d'elle. Elle offrait calme, détermination, tendresse et communication. En bonne Curly, elle n'était pas non plus dépourvue de sens de l'humour. Si elle pardonnait les erreurs de bonne foi, elle n'avait aucune tolérance pour l'arrogance et n'hésitait pas à envoyer valser les prétentieux.



Cette photo m'émeut particulièrement, car ce petit garçon si fier de se tenir debout sur le dos de Nymph est un enfant sourd qui adore les animaux. Sa complicité avec Nymph était fabuleuse et il s'est énormément accompli auprès d'elle.


Voici deux des «enfants» qui étaient sur la toute première photo, lors d'une séance improvisée d'équitation...


Et un jeune garçon qui n'avait jamais approché un cheval : d'abord un peu terrorisé lorsque nous lui avons proposé de la caresser, puis de monter; une demi-heure plus tard, la magie Nymph avait fait son effet. Comment avoir peur d'une jument aussi zen et attentive ?



Nymph prenant soin de mon neveu de trois ans... Merci ma belle.


Mais Nymph ne s'intéressait pas qu'aux humains. Elle était passionnée par tout ce qui était bébé, à deux ou quatre pattes. Qu'on lui présente un chiot, un caneton, un poussin, un cabri ou un chaton, elle le reniflait avec excitation, puis se mettait à lui parler comme les juments parlent à leurs poulains. D'ailleurs, les chats ne s'y trompaient pas et l'adoptaient régulièrement comme coussin ambulant :


Pamplemoos, un autre de nos amis à fourrure qui nous a quitté trop tôt...

 Et Yoda, bien sûr !



Raconter Nymph ne peut se faire sans se souvenir du terrible accident qu'elle eut en décembre 2003. Au petit matin, j'allais faire ma tournée et donner leurs suppléments aux futures mamans, la plupart pleines de 6 mois. Contrairement à son habitude, Nymph ne s'est pas approchée, se contentant de m'appeler. Je l'ai trouvée immobile dans l'abri, le postérieur gauche en sang, avec une plaie impressionnante. Le tendon ayant été sectionné, le muscle pointait  vers l'extérieur de la plaie. Sur le coup, je cru qu'elle avait une fracture ouverte et mon cœur manqua une marche.

Évidement, tous les éléments de la fatalité des urgences vétérinaires étaient en place : c'était une fin de semaine et un tempête de neige commençait... Le vétérinaire qui vint était une malédiction ambulante. Nous avions déjà une bonne idée de son incompétence, mais aucun autre n'était disponible, nous fîmes avec.

Il nous aida à guider/pousser Nymph et sa patte folle jusqu'à l'écurie. Il l'examina et déclara qu'elle avait peu de chance de s'en sortir, qu'elle ne pourrait plus courir, plus se coucher et surtout, plus se relever... l'euthanasie était conseillée.

C'était sans connaître l'obstination de Nymph et ma propre tête de mule (et celle d'André, l'un ne battant pas l'autre)... Nous mîmes le vétérinaire à la porte, nous disant que nous ne prendrions pas une telle décision sans autre avis. Pendant ce temps, comme une grosse veine avait été sectionnée aussi, j'avais mes deux mains en garrot sur la jambe d'une Nymph au calme olympien. Elle s'en remettait à nous, à nous de trouver la solution.

Pendant que je gardais mes mains en garrot (nous ne pouvions installer un tourniquet, car il fallait laisser passer assez de sang pour alimenter la jambe, tout en empêchant l’hémorragie), André tentait de joindre un autre vétérinaire. Il avait fait des photos de la plaie de de la mare de sang, mais pas un ne voulait se déranger (c'était bien avant l'établissement de la fabuleuse équipe de vétérinaires ambulatoires du CHUV, malheureusement). Finalement, un put se libérer. Plus spécialisé en vaches qu'un chevaux, il avait cependant de solides connaissances. Il fit un examen approfondi, nous donnant un meilleur diagnostic, nous expliquant quel tendon était sectionné, les probabilités de rétablissement et de vie normale. Ce serait long, très long à soigner. Il fallait la garder le plus immobile possible au début, surveiller les risques d'infection, refaire ses réserves de fer, etc. Nymph était enceinte de 6 mois et Katmae n'était pas encore sevrée... Nous renvoyâmes Katmae dans le troupeau qui prendrait soin d'elle en l'absence de sa mère qui devrait concentrer toute son énergie pour passer au travers de cette épreuve...

Comme nous ne pouvions déplacer Nymph, André construisit une stalle autour d'elle. De quoi s'appuyer et la maintenir, car elle ne pourrait pas marcher avant de longues semaines. Je me souviens lui avoir dit : «Perds ton bébé s'il le faut, mais nous allons sauver ta jambe.»


Six semaines après l'accident, toujours installée dans sa stalle faite sur mesure, sa plaie se comblant...
Au début, j'étais jours et nuits à ses côtés, renouvelant les bandages, surveillant qu'elle ne se couche pas et lui lisant à haute voix des passages des lectures que je m'apportais. Elle essaya une fois de se coucher, le cri d'alarme que je poussai et la douleur la convainquirent de ne jamais retenter l'expérience. Elle se mit à muer, alors je passais de longs moments à la brosser, à la masser. Grâce à l'internet, j'ai pu parler à un vétérinaire en Hollande qui me donna meilleur espoir pour sa guérison. Je me renseignai pour finalement élaborer mon propre cycle de traitement. J'ai pris des notes et des photos de toutes les étapes des soins. Comme je voyais la plaie tous les jours, les photos me permettaient de mieux me rendre compte de son évolution.

Deux mois plus tard, nous défaisions la stalle et Nymph faisait ses premiers pas. Une dizaine, tout au plus, qui la laissèrent endolorie et épuisée, mais c'était le début de sa rééducation. La plaie se fermait de plus en plus rapidement, sans granulation excessive. Nous l'emmenions faire de petites marches, quelques pas de plus chaque jour. Elle était passée de la stalle à un box plus spacieux, mais je vivais dans la hantise qu'elle ne se couche et ouvre sa plaie. Ce qu'elle ne fit pas.

Au bout de trois mois, je la lâchais pour la première fois en liberté, avec en tête un : «Ça passe ou ça casse». Ravie, elle s'essaya à quelques foulées de trot, boitante, mais c'était du trot. Ne pouvant résister à l'appel de la neige propre et fraîche, elle plia les genoux pour se rouler et je retins mon souffle; le premier vétérinaire avait dit que si elle se couchait, elle ne serait plus capable de se lever... Elle se roula, se frotta le dos avec délices, puis vint le moment de se relever. Je me souviens combien j'étais avec elle, sentant à la fois ses courbatures et sa joie d'être vivante, libre, un peu euphorique. Elle se releva avec effort, mais elle se releva d'elle-même. Il était évident qu'il y avait eu de la douleur aussi, mais c'était normal. C'est probablement là que je repris mon souffle et que je su qu'elle était sauvée.


Trois mois après l'accident, une Nymph et une humaine heureuses et fières!

Une quinzaine de jours plus tard, nous la mettions dans un petit parc avec Passion, alors poulain de presque un an. En bon échange de services, elle disciplinait Passion, alors que celui-ci l'encourageait à se déplacer, s'occupant de sa rééducation. Nymph n'avait pas perdu le bébé qu'elle portait et qui naitra à terme et en bonne santé, ce sera Nymo (première photo de l'article et ci-dessous).



Quand on connaît l'ampleur de sa blessure et la largeur de la plaie, sa cicatrice était étonnamment petite. On pouvait la voir surtout en été, alors que les poils d'hiver la recouvrait totalement. Au toucher, des années plus tard, on sentait encore l'empreinte de mes doigts qui avaient tenu en garrot durant tant d'heures.  J'avais signé mon œuvre sur sa jambe, mes mains retrouvaient exactement la position, leur empreinte moulée dans la chair. C'était notre premier travail d'équipe remporté haut la main. Nous travaillerons ensuite des années en binômes, fusionnées, son corps lisant le mien même à distance.


Katmae, sa première pouliche, née en 2003.

Nymph retrouvera pratiquement 100% de ses capacités. Le tendon sera tenu par les tissus cicatriciels, seul un œil averti remarquera une légère hésitation dans sa démarche. Comme elle ne pouvait lever ce postérieur très haut pour des raisons mécaniques, elle apprendra à compenser et à aborder les obstacles (troncs d'arbres couchés, marches) du bon pied, l'un entrainant l'autre. Et contrairement aux prévisions annoncées, elle n'hésitait pas à galoper, trotter, se rouler, menant une vie parfaitement normale. Mais c'est aussi pour la ménager que nous la réservions aux enfants et aux grands débutants; tâche qu'elle accomplissait avec générosité, tout en étant une maman stricte, tendre et dévouée.


Avec Pirouette


Avec Baktalo


Elfe, âgé de quelques heures, son dernier bébé.

Nymph et son dernier mari : Inouï, fils d'Harmony et père de Elfe.

Nymph en «sage-jument» accueillant Chazaam, la fille de sa grande amie Jolie.


Nymph et Chimo, une histoire d'amour passionnée, son mari
(les autres étaient des amants de passage !)




Elle a toujours gardé une certaine tendresse pour Passion, elle est un peu sa marraine...



Avec Chimo, complicité...

Ceux qui me connaissent savent que je suis mes intuitions, que j'agis énormément d'instinct et que cela me trahis rarement; quoiqu'il m'arrive de m'interroger sur le bien fondé d'une décision. Le temps finit toujours par me donner des réponses dont j'espère bien tirer leçons.

C'est pourquoi, lorsqu'en 2012, j'acceptai d'envoyer Nymph en France, beaucoup ont cru que j'étais tombée sur la tête... mais mon instinct me disait que c'était la bonne chose à faire, malgré mon cœur meurtrit et mes révoltes intérieurs. Je savais qu'elle ne trouverait pas meilleure maison. Qu'elle serait soignée, aimée, appréciée et qu'elle pourrait poursuivre son œuvre de chaman.


Il y a deux ans, presque jour pour jour, je les accompagnais dans leur long périple vers la Drôme Provençale... Sentiments mélangés, cœur partagé, savoir que l'on fait bien ne dit pas qu'on le fait avec plaisir. Nous avions toutes deux une mission à accomplir.



Nymph dans ses quartiers de rêve, avec une nouvelle amie. Elle ne semble pas trop malheureuse !





Voici ce que son humain français m'écrivait, hier, suite à sa disparition :
«Je pense à toi, à vous, qui avez passé dix années avec Nymph. Cette jument si présente. À tout ce que vous avez vécu ensemble. Pour moi, c'est la seule jument que j'ai vu mettre bas et c’était l’âme du troupeau. Son absence va peser lourd. (...) Incroyable de confiance. Comme souvent, sa forte présence en faisait un être qui ne pouvait disparaître.»

 
Nymph ! Nymph ! Même si c'est à mon cœur défendant que je t'ai envoyée de l'autre côté de l'océan, je n'ai jamais regretté cette décision. Tu étais à ta place, là où tu avais quelque chose à accomplir. Et je ne pouvais rêver meilleure maison pour toi. Nous faisons ce que nous pouvons avec les cartes de l'instant, le reste appartient à la vie. (Agnès Ledig)




Quelques jours avant le départ pour la France...

C'était une belle âme qu'elle n'a jamais hésité à partager. Une chaman... elle nous reviendra bien sous une forme ou une autre !



 En 2010, en compagnie de ses copines, elle posait pour notre carte de vœux de fin d'année...




En partageant ton âme avec moi, tu as conquis une part de la mienne. Bon voyage, ma belle.
Je ne doute pas que le paradis des chevaux t'ait ouvert grand ses portes.
Tu nous manque déjà, encore, toujours.