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30 janvier 2010

Ils sont arrivés !

Nous venons tout juste de recevoir ces photos de l'arrivée, manifestement en bon état, de Nanza et Pritcha dans leur nouveau pays...

Ce sont des nouvelles toutes fraîches, puisque ces photos datent de moins de deux heures !


Bonheur et soulagement...

Bonheur et soulagement manifestes de l'autre bord de l'Atlantique également...
Déjà un fan club !




Le «gros» posant pour la postérité (je parle de Nanza, pas du monsieur ;o))




Wow ! Je pense qu'ils ne se lasseront pas du décor...




Dernière ligne droite avant l'arrivée... (je présume)




Coucou Pritcha ! Bienvenue en Haute-Savoie !



Rien ne vaut une bonne roulade dans la belle neige pour se débarrasser de la poussière du voyage...



Pritcha imite Nanza, vive la roulade en altitude ! L'oxygène blanchit le pelage...

20 janvier 2010

Changements

Vous aurez remarqué que la photo de la barre de titre a changé. Nanza a cédé sa place à Passion. Encore une fois, on voit mon reflet dans l'oeil du modèle. C'est le thème d'une série d'images que je collectionne depuis quelques années, à la fois démarche personnelle sur le regard que je pose sur mes amis et interrogation sur la façon dont eux me perçoivent.

Sans que je le réalise de prime abord, ce blog fait partie intégrante de cette démarche. Bien sûr qu'il est aussi une chronique du temps qui passe, mais des sujets plus pointus, plus éthologiques, m'habitent et demandent à s'exprimer. Jusqu'à ce jour, je les retenais plutôt, me disant qu'ils n'intéressaient que moi. À force de discuter de ces sujets avec les uns et les autres - stagiaires, élèves, visiteurs, collègues éleveurs,... - je m'aperçois que d'autres s'intéressent et s'interrogent également.

Alors je vais me lancer ! Il y aura toujours des chroniques sur notre vie quotidienne, des portraits et des images «juste pour le plaisir», mais j'aimerais beaucoup réussir à moins me retenir quand des sujets plus spécialisés m'animent. Rien que d'y penser, j'ai le trac. Pourtant, je l'ai déjà fait quelques fois lors de chroniques précédentes, il faut simplement que je reprenne le rythme de me lever régulièrement à 4 h et de laisser mes doigts courir sur le clavier... (à suivre)

* * *

Vous aurez remarqué que la photo de barre de titre a changé. Nanza cède sa place. Nanza cède sa place à plus d'un titre puisqu'il nous quittera la semaine prochaine, en compagnie de sa jument préférée, Pritcha, pour la France, où de nouvelles aventures l'attendent.

Même si plusieurs personnes sont déjà au courant, le fait de l'annoncer plus officiellement agitent des émotions que je pensais avoir canalisées. Je suis à la fois ravie de le voir partir entre de si bonnes mains, de savoir qu'il poursuivra son travail d'étalon et «qu'il sera une vitrine vivante de la qualité des chevaux que nous produisons au Canada» (dixit ses naisseurs); je suis aussi très émue de le voir partir. Chaque jour, je passe un grand moment avec lui et Pritcha. Instants de silence, de caresses et de réflexion. Toute la paperasserie administrative est faite, les examens vétérinaires terminés, les billets d'avion payés. J'ai reçu hier un courriel du transporteur qui me confirmait l'heure de sa venue pour embarquer le gros... aaargh ! C'est donc vrai !

Parmi les choses que je dois faire aujourd'hui, c'est le tri des photos de Nanza et Pritcha afin de graver un cd pour leur nouvelles propriétaires. Attendez-vous à ce que certaines atterrissent également sur ce blog ! Si au-moins nous avions un hiver moins gris, moins européen (ça doit être pour que Nanza et Pritcha s'habituent), vous auriez des images fraîches à vous mettre sous l'oeil...

Chaque chose en son temps ! En attendant, je vous remet l'ancienne photo de titre, pour ne pas oublier...

23 mars 2009

Première veille 2009

Ce soir, je vais probablement dormir dans l'écurie. Dormir, peut-être pas vraiment.
En tout cas pas vraiment bien. Mais c'est sans importance, j'adore ça !

Adelita est rentrée dans son grand box de poulinière. Box où elle passe toutes ses nuits depuis une quinzaine de jours, afin qu'elle produise les anticorps propres à ce nouvel environnement dans lequel naitra son poulain. Elle passera ses anticorps à son bébé, par le biais du colostrum des premières têtées...



Adelita a de la cire aux trayons. Et le ventre qui est descendu. Et les ligaments de la queue complètement relâchés. Et les muqueuses roses. Et la vulve toute molle (je vous épargne la photo !). Pour ce qui est de sa température, je n'en sais rien, le thermomètre m'a fait faux-bond. Dommage, c'est pourtant bien pratique de savoir, car c'est à peu près le seul indice vraiment fiable : une chute soudaine de la température corporelle dans les heures qui précède le poulinage...



Habituellement, la «cire aux trayons» qui est en fait un débordement de colostrum, indique un poulinage imminent.

Mais Adelita est aussi ma jument la plus farceuse. Un sens de l'humour très «British», pince-sans-rire. Il faut voir l'étincelle dans son oeil pour se rendre compte... Dans les années passées, Adelita est la seule de mes juments qui m'ait fait dormir plus de deux nuits dans l'écurie. Cela l'amuse probablement. Et puis elle en profite aussi, car puisque j'y suis, autant la brosser, la gratouiller, la masser... Pourquoi se dépêcherait-elle de faire son poulain qui sera le centre d'intérêt de tous, alors qu'elle peut profiter des attentions révérencieuses que l'on doit à l'urne sacrée ? Car, en plus du sens de l'humour, Adelita est aussi très intelligente. Et pudique. Ce n'est certainement pas la plus démonstrative ni la plus ouvertement intéressée en l'humain. Mais c'est une maman extraordinaire. Et elle prend le même soin des petits d'Hommes que des siens.





Ce soir, je vais dormir dans l'écurie, avec Adelita. Et Pritcha, la voisine de box, la prochaine qui me fera dormir dans l'écurie. J'espère que la présence de Pritcha ne dérangera pas Adelita. Cela fait déjà quelques nuits qu'elles sont voisines et quelques mois qu'elles partagent le même parc et, a priori, elles s'entendent bien, malgré le fait qu'il est évident qu'Adelita est la patronne. Mais il n'y a aucune agressivité, simplement des rappels à l'ordre quand cette colleuse de Pritcha envahit trop la bulle d'Adelita.






Pour le énième fois, je révise ma liste de «Nécessaire de poulinage», contrôle que tout se trouve dans la boîte prévue à cet effet, vérifie les batteries de lampe de poche, du téléphone, de l'appareil photo...

Ce soir, je vais avoir le nez froid (il fait 2°C dans l'écurie), mais le coeur au chaud. Je suis déjà dans ces heures où à l'excitation se mêle une certaine dose de stress. Où le plaisir anticipé d'une nouvelle naissance se teinte d'une once d'inquiétude. Exaltation. Fébrilité. Anxiété. Et ce bonheur étonné et sans cesse renouvelé d'avoir la chance de vivre ma vie.



Je vous laisse sur le coucher de soleil d'hier.
Je n'ai pas eu le temps de prendre en photo celui d'aujourd'hui, j'avais un blog à mettre à jour !


EDIT : Mardi 24 mars, 8 h du matin.

J'ai passé la nuit dans l'écurie, sous le regard narquois d'Adelita qui venait me faire un bisou quand je m'assoupissait.

Le Roi Arthur s'était fait un nid dans le foin de Pritcha, grognant chaque fois qu'elle prenait une bouchée, car il voyait disparaître peu à peu son lit douillet, englouti par une jument qui ne demandait rien d'autre que de terminer son lunch.

C'est Minette-la-chatte-de-l'écurie qui était contente : dormir sur un sac de couchage avec un humain pour lui tenir chaud : j'ai eu droit à des rons-rons reconnaissant et tonitruants...

Et, finalement, pas de poulain encore...

Arthur et moi, nous sommes rentrés dans la maison un peu avant 6h, histoire de prendre deux vraies heures de sommeil avant de commencer une nouvelle journée. Un mince croissant de lune orangé se levait, c'était magnifique.

À partir de 6h15, le téléphone s'est mis à sonner... (ceux que j'aime savent que pour me joindre, il faut m'appeler aux aurores).

La parturiente est dehors, avec ses amis. Je la surveille du coin de l'œil...

13 mars 2009

Le bedon d'Adelita



Adelita et son ventre, vendredi dernier.
(voir la chronique Obsession du 6 mars)

On peut constater que, bien que proéminent, le ventre d'Adelita est cependant bien rond.

Quand on l'observe durant un moment, on peut voir le poulain se déplacer. En plaçant la main contre son ventre, en dessous, vers l'arrière, on sent très bien ses mouvements.

Après bientôt onze mois de gestation, le poulain est maintenant à peu près de la taille d'un berger allemand... et il prend une livre par jour le dernier mois !







Adelita et son ventre, une semaine plus tard...

Mis à part le fait qu'elle a perdu une bonne partie de son poil d'hiver (Merci Camille pour la séance de brossage !) et que, oui, je lui ai coupé la crinière, on voit aussi que son ventre a baissé.

Cela signifie que le poulain s'est tourné sur le dos, éventuellement la tête en direction de la sortie (du moins, je l'espère ! Une présentation par le siège est un scénario que je ne veux même pas imaginer...)

Plus Adelita va approcher de son terme, plus la forme en V de son ventre va s'accentuer.

Ce n'est pas évident sur ces photos, mais les ligaments de chaque côté de sa queue sont maintenant complètement relâchés.

Ses mamelles sont également bien remplies et je peux facilement en extraire un liquide ambré et salé, qui deviendra de plus en plus laiteux et de plus en plus sucré... jusqu'au colostrum épais et collant qui indique un poulinage imminent. Mais nous n'en sommes pas encore là.

Ne vous inquiétez pas, je vous tiens au courant !






Déjà, j'ai commencé à suivre l'évolution du ventre de Pritcha aussi...
Pritcha sera à 340 jours le 9 avril... comme il s'agit de son premier bébé,
je n'ai aucune archives sur lesquelles m'appuyer et comparer.
Alors elle est déjà sous observation...

12 mars 2009

Je ne suis pas un cheval

Je ne suis pas un cheval.
Je ne suis pas un cheval et mes chevaux n'ont aucun doute à ce propos.
Sauf parfois les très jeunes poulains pour qui je suis un des premiers êtres qu'ils rencontrent, dès leur naissance. Et je vous assure que la confusion ne dure pas.

En effet, je m'intéresse énormément à l'éthologie et à l'approche dite éthologique du travail des chevaux. Et ce, non parce que cette approche est à la mode, mais parce que : qui côtoie quotidiennement des chevaux et particulièrement les chevaux qui ont la chance de vivre en troupeau; qui s'autorise à passer des heures à les observer, sans montre et sans idées préconçues; cette personne ne peut qu'apprendre, grandir... et constater qu'elle n'est pas un cheval.

Les chevaux sont des animaux grégaires, qui ont un mode de communication élaboré et de fascinantes relations équines à la hiérarchie explosée. Si vous aimez les chevaux, que vous avez la chance d'en côtoyer, je vous invite à lire Éthologie, l'équitation naturelle et ludique, de Danièle Gossin (Éditions Vigot), un petit livre de moins de cent pages, mais qui vaut son pesant d'or. Mme Gossin est une authentique éthologue, dans le sens que c'est un chercheur qui a fait son doctorat en éthologie sur les chevaux; l'éthologie étant la science qui étudie le comportement. La paternité de l'éthologie revient à Konrad Lorenz, dont les ouvrages grand-public sont non seulement très intéressants, mais souvent drôles.


À ne pas confondre avec l'éthologie, l'équitation éthologique, les chuchoteurs et autres méthodes douces sont à la mode. Et c'est tant mieux pour les chevaux, car ils vivent leur lot de vicissitudes, de brutalités et d'incompréhension depuis qu'ils sont la plus noble conquête de l'Homme (sic). Dans ces approches nouvelles, - mais qui ne sont finalement que le produit du bons sens, du coeur et de l'observation, assez fidèle à ce que prônait Xénophon dans son Traité sur l'équitation, publié près de 400 ans avant J.-C ! -, ces nouveaux maîtres préconisent de se faire reconnaître comme l'élément alpha du troupeau, le cheval dominant, bla bla bla, afin que le cheval nous respecte et nous obéisse "naturellement". Pour se faire, ces maîtres nous disent que nous devons agir comme le ferait le cheval dominant.

Je ne suis pas d'accord. Je pense qu'il faut agir comme un leader passif, le genre d'individu que les membres d'un troupeau décident de suivre et de fréquenter. Un leader que l'on respecte non par crainte, mais par respect. La différence entre la dominance et la domination. Et je ne suis pas un cheval.



Non. Je ne suis pas un cheval et mes chevaux le savent très bien ! Et je ne pense pas qu'ils s'attendent à ce que j'agisse comme un cheval. Je suis un humain, plein de bonne volonté, qui désire communiquer avec ses chevaux. Je veux que mes chevaux soient polis et bien élevés. Je veux qu'ils soient gentils avec les humains en général. J'ose espérer que je parviens à établir de solides liens d'amitié avec eux, liens qui, tacitement, impliquent respect, partage et compréhension mutuelle.

Et je crois que mes chevaux désirent communiquer avec moi. Parce que je leur offre cette possibilité. Parce que je les écoute. Parce que j'admets me tromper. Par ce que j'accepte de me fier à mes perceptions et de mettre en veilleuse toute l'accumulation des "c'est comme ça que cela se fait", "c'est comme ça que ça marche", "mon père faisait comme ça et mon grand-père aussi", "moi, je connais ça, les chevaux !" sous lesquels le monde des chevaux croule (et s'écroule). Je ne pense pas savoir. Je ne pense pas détenir la vérité. Simplement, je vis avec des chevaux au quotidien. Des chevaux curieux, intelligents, joueurs, parfois polissons, mais toujours absolument attentifs et allumés. D'excellents professeurs.

Nombreux sont les chevaux qui s'éteignent au contact des humains. Ils se lassent à tenter de les comprendre et finissent généralement par obéir par automatisme, par lassitude, sous la coercition, sans amitié et sans partenariat. Peu se révoltent. Ceux là sont classés dangereux, têtus, mauvais.

J'estime que les chevaux n'ont pas choisi de venir vivre avec les humains. De les servir. Je ne pense pas que cela soit à eux de s'adapter à nous, mais que c'est un travail réciproque. Nous devons les aider à faire de mauvaise fortune, bon cœur; et nous avons le devoir de profiter de notre bonne fortune pour faire preuve de bon cœur.


Je ne suis pas un cheval. Mais je peux me servir de ce que je sais, ce que les chevaux m'apprennent, pour établir un canal de communication fonctionnel. De la même manière que le langage des signes nous permet de communiquer avec des personnes sourdes, nous devons développer un langage pour communiquer avec nos chevaux. Le langage signé n'est pas inné, ni pour la personne sourde ni pour son interlocuteur entendant. Il faut établir les règles, s'entendre sur les significations de chacun des signes, puis les apprendre. Aux débuts balbutiants succèdent rapidement rapidité et fluidité. Plus on apprend à connaître notre interlocuteur, plus nous entendons les subtilités du message, message appuyé par le regard, des mimiques, des réactions.

Mes chevaux savent que je ne suis pas un cheval. Si je tente de me faire passer pour un cheval, ils me verront comme un humain qui essaie de se faire passer pour un cheval. Je présume que certains en seront amusés, d'autres interloqués... Mais dans tous les cas, mon effort sera certainement vain. Il vaut mieux établir des règles de communication qui prennent en compte les attitudes et comportements naturels des chevaux, leurs habilités, leur mode de fonctionnement cognitif. Si je fais des efforts pour comprendre leur point de vue, nous devrions réussir à établir un pont entre nos deux cultures. Un nouveau langage que chacun de nous pourra utiliser.


Mark Rashid est un de ces éducateurs "doux" - et ce, même si c'est un cow-boy !* Il est aussi, probablement, l'un des plus humbles (dans son attitude) et certainement l'un de ceux pour qui j'ai le plus de respect. Son mot d'ordre est de travailler avec les chevaux, non contre eux. Dans une entrevue - que je traduis ici librement -, Mark Rashid faisait remarquer qu'il y a 15 ans de cela, nous n'entendions jamais d'un cheval qu'il était irrespectueux (un terme très à la mode aujourd'hui nda). Un cheval peu être confus, inquiet, sur la défensive ou faire simplement ce qu'il a appris. Mark n'a jamais vu un cheval qui sait ce qu'il doit faire et qui ne le fait pas intentionnellement. Il nous faut donc être attentif à ce que nous enseignons, aux gestes que nos posons comme à ceux que nous ne faisons pas, au message que nous envoyons.

Le but du jeu étant la communication et le plaisir, entre un humain et un cheval.

***
Merci à mon amie Pascale Simard pour les photos ! ***
Oui, c'est moi sur les photos... avec Passion, Moonlight Lady, Alya, puis Pritcha, Luna et encore Moonlight Lady... Curieux, va !

*Je me mets une note pour penser à faire une chronique sur le mythe du cow-boy, et de l'équitation western, mythe particulièrement entretenu par les Européens romantiques...