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16 décembre 2014

Parce que c'était elle... Nymph


Hier, Nymph est partie, pour de bon cette fois.

Elle ne vivait déjà plus avec nous, mais nous avions régulièrement des nouvelles et son souvenir était partout. Je me réjouissais de la revoir au printemps...

Nymph... De penser à elle me submerge d'émotions. Des souvenirs de courage, de tendresse, de ténacité, de résilience, de nuits blanches, d'intelligence, des joies, des rires, des soulagements, de petits et de grands bonheurs qui, brodés côte-à-côte, tissent la trame d'une petite jument extraordinaire. Pendant dix ans, Nymph a partagé notre vie et elle nous a offert la sienne. Nous étions connectées l'une à l'autre, nous nous connaissions par cœur, par le cœur.


 

Nymph, sereine et attentive. Les enfants qui l'entourent ont entre 15 et 18 ans aujourd'hui. La plupart ont connus leurs premiers émois à cheval grâce à Nymph...


Avec le même groupe de personnes, huit ans plus tard... le troupeau a grandit et changé, les enfants aussi. Et Nymph est toujours là...


J'ai passé une partie de la journée d'hier à fouiller dans mes archives photos. Je m'y suis perdue quelques heures, avec chaque image remontant une foule de souvenirs. Par quel bout commencer? Comment raconter, transmettre ce qui faisait de cette petite jument abricot la joie d'un tas d'humains? Extraordinaire, hors de de l'ordinaire. Je vais me laisser guider par les photos...

 Nymph et André, il y a une douzaine d'années. Je me souviens de la plume de geai bleu que j'avais trouvée et qu'il avait piquée dans le son chapeau, de la tendresse de ce bonjour. Deux êtres présents, concentrés; deux amis.

Comme pour chacune de mes images, je me souviens des bruits, des odeurs, de l'atmosphère et des circonstances dans lesquelles elles ont été prises. Pour l'étranger, mes photos sont des illustrations. Pour moi, elles sont l'essence d'un moment.




Nymph toute jeunette (3 ans), déjà un ange avec les enfants qui pouvaient faire toutes les folies imaginables sur et autour d'elle.

Mais ne nous y trompons pas : Nymph était un excellent professeur, elle savait enseigner. Si elle pardonnait les erreurs des débutants, elle se faisait de plus en plus difficile avec le temps. Elle se conduisait à l'assiette (au poids du corps). Si le cavalier lui demandait de tourner sans lui-même tourner la tête dans la direction où il voulait aller, elle ne bronchait pas et continuait tout droit ! Quand le cavalier se plaignait que Nymph ne voulait pas tourner, je lui demandais : «Dans quelle direction veux-tu aller?» automatiquement, le cavalier tournait la tête pour me l'indiquer et, sans coup férir, Nymph tournait aussitôt !


Nymph prenait soin des humains autour d'elle, avec des précautions émouvantes lorsque les personnes étaient fragiles; que cela soit physiquement, psychologiquement ou émotionnellement.


Nymph n'a jamais eu de mors et elle a rarement porté une selle. Son rôle auprès des humains était de prendre soin des enfants, des grands débutants et des personnes qui avaient besoin d'elle. Elle offrait calme, détermination, tendresse et communication. En bonne Curly, elle n'était pas non plus dépourvue de sens de l'humour. Si elle pardonnait les erreurs de bonne foi, elle n'avait aucune tolérance pour l'arrogance et n'hésitait pas à envoyer valser les prétentieux.



Cette photo m'émeut particulièrement, car ce petit garçon si fier de se tenir debout sur le dos de Nymph est un enfant sourd qui adore les animaux. Sa complicité avec Nymph était fabuleuse et il s'est énormément accompli auprès d'elle.


Voici deux des «enfants» qui étaient sur la toute première photo, lors d'une séance improvisée d'équitation...


Et un jeune garçon qui n'avait jamais approché un cheval : d'abord un peu terrorisé lorsque nous lui avons proposé de la caresser, puis de monter; une demi-heure plus tard, la magie Nymph avait fait son effet. Comment avoir peur d'une jument aussi zen et attentive ?



Nymph prenant soin de mon neveu de trois ans... Merci ma belle.


Mais Nymph ne s'intéressait pas qu'aux humains. Elle était passionnée par tout ce qui était bébé, à deux ou quatre pattes. Qu'on lui présente un chiot, un caneton, un poussin, un cabri ou un chaton, elle le reniflait avec excitation, puis se mettait à lui parler comme les juments parlent à leurs poulains. D'ailleurs, les chats ne s'y trompaient pas et l'adoptaient régulièrement comme coussin ambulant :


Pamplemoos, un autre de nos amis à fourrure qui nous a quitté trop tôt...

 Et Yoda, bien sûr !



Raconter Nymph ne peut se faire sans se souvenir du terrible accident qu'elle eut en décembre 2003. Au petit matin, j'allais faire ma tournée et donner leurs suppléments aux futures mamans, la plupart pleines de 6 mois. Contrairement à son habitude, Nymph ne s'est pas approchée, se contentant de m'appeler. Je l'ai trouvée immobile dans l'abri, le postérieur gauche en sang, avec une plaie impressionnante. Le tendon ayant été sectionné, le muscle pointait  vers l'extérieur de la plaie. Sur le coup, je cru qu'elle avait une fracture ouverte et mon cœur manqua une marche.

Évidement, tous les éléments de la fatalité des urgences vétérinaires étaient en place : c'était une fin de semaine et un tempête de neige commençait... Le vétérinaire qui vint était une malédiction ambulante. Nous avions déjà une bonne idée de son incompétence, mais aucun autre n'était disponible, nous fîmes avec.

Il nous aida à guider/pousser Nymph et sa patte folle jusqu'à l'écurie. Il l'examina et déclara qu'elle avait peu de chance de s'en sortir, qu'elle ne pourrait plus courir, plus se coucher et surtout, plus se relever... l'euthanasie était conseillée.

C'était sans connaître l'obstination de Nymph et ma propre tête de mule (et celle d'André, l'un ne battant pas l'autre)... Nous mîmes le vétérinaire à la porte, nous disant que nous ne prendrions pas une telle décision sans autre avis. Pendant ce temps, comme une grosse veine avait été sectionnée aussi, j'avais mes deux mains en garrot sur la jambe d'une Nymph au calme olympien. Elle s'en remettait à nous, à nous de trouver la solution.

Pendant que je gardais mes mains en garrot (nous ne pouvions installer un tourniquet, car il fallait laisser passer assez de sang pour alimenter la jambe, tout en empêchant l’hémorragie), André tentait de joindre un autre vétérinaire. Il avait fait des photos de la plaie de de la mare de sang, mais pas un ne voulait se déranger (c'était bien avant l'établissement de la fabuleuse équipe de vétérinaires ambulatoires du CHUV, malheureusement). Finalement, un put se libérer. Plus spécialisé en vaches qu'un chevaux, il avait cependant de solides connaissances. Il fit un examen approfondi, nous donnant un meilleur diagnostic, nous expliquant quel tendon était sectionné, les probabilités de rétablissement et de vie normale. Ce serait long, très long à soigner. Il fallait la garder le plus immobile possible au début, surveiller les risques d'infection, refaire ses réserves de fer, etc. Nymph était enceinte de 6 mois et Katmae n'était pas encore sevrée... Nous renvoyâmes Katmae dans le troupeau qui prendrait soin d'elle en l'absence de sa mère qui devrait concentrer toute son énergie pour passer au travers de cette épreuve...

Comme nous ne pouvions déplacer Nymph, André construisit une stalle autour d'elle. De quoi s'appuyer et la maintenir, car elle ne pourrait pas marcher avant de longues semaines. Je me souviens lui avoir dit : «Perds ton bébé s'il le faut, mais nous allons sauver ta jambe.»


Six semaines après l'accident, toujours installée dans sa stalle faite sur mesure, sa plaie se comblant...
Au début, j'étais jours et nuits à ses côtés, renouvelant les bandages, surveillant qu'elle ne se couche pas et lui lisant à haute voix des passages des lectures que je m'apportais. Elle essaya une fois de se coucher, le cri d'alarme que je poussai et la douleur la convainquirent de ne jamais retenter l'expérience. Elle se mit à muer, alors je passais de longs moments à la brosser, à la masser. Grâce à l'internet, j'ai pu parler à un vétérinaire en Hollande qui me donna meilleur espoir pour sa guérison. Je me renseignai pour finalement élaborer mon propre cycle de traitement. J'ai pris des notes et des photos de toutes les étapes des soins. Comme je voyais la plaie tous les jours, les photos me permettaient de mieux me rendre compte de son évolution.

Deux mois plus tard, nous défaisions la stalle et Nymph faisait ses premiers pas. Une dizaine, tout au plus, qui la laissèrent endolorie et épuisée, mais c'était le début de sa rééducation. La plaie se fermait de plus en plus rapidement, sans granulation excessive. Nous l'emmenions faire de petites marches, quelques pas de plus chaque jour. Elle était passée de la stalle à un box plus spacieux, mais je vivais dans la hantise qu'elle ne se couche et ouvre sa plaie. Ce qu'elle ne fit pas.

Au bout de trois mois, je la lâchais pour la première fois en liberté, avec en tête un : «Ça passe ou ça casse». Ravie, elle s'essaya à quelques foulées de trot, boitante, mais c'était du trot. Ne pouvant résister à l'appel de la neige propre et fraîche, elle plia les genoux pour se rouler et je retins mon souffle; le premier vétérinaire avait dit que si elle se couchait, elle ne serait plus capable de se lever... Elle se roula, se frotta le dos avec délices, puis vint le moment de se relever. Je me souviens combien j'étais avec elle, sentant à la fois ses courbatures et sa joie d'être vivante, libre, un peu euphorique. Elle se releva avec effort, mais elle se releva d'elle-même. Il était évident qu'il y avait eu de la douleur aussi, mais c'était normal. C'est probablement là que je repris mon souffle et que je su qu'elle était sauvée.


Trois mois après l'accident, une Nymph et une humaine heureuses et fières!

Une quinzaine de jours plus tard, nous la mettions dans un petit parc avec Passion, alors poulain de presque un an. En bon échange de services, elle disciplinait Passion, alors que celui-ci l'encourageait à se déplacer, s'occupant de sa rééducation. Nymph n'avait pas perdu le bébé qu'elle portait et qui naitra à terme et en bonne santé, ce sera Nymo (première photo de l'article et ci-dessous).



Quand on connaît l'ampleur de sa blessure et la largeur de la plaie, sa cicatrice était étonnamment petite. On pouvait la voir surtout en été, alors que les poils d'hiver la recouvrait totalement. Au toucher, des années plus tard, on sentait encore l'empreinte de mes doigts qui avaient tenu en garrot durant tant d'heures.  J'avais signé mon œuvre sur sa jambe, mes mains retrouvaient exactement la position, leur empreinte moulée dans la chair. C'était notre premier travail d'équipe remporté haut la main. Nous travaillerons ensuite des années en binômes, fusionnées, son corps lisant le mien même à distance.


Katmae, sa première pouliche, née en 2003.

Nymph retrouvera pratiquement 100% de ses capacités. Le tendon sera tenu par les tissus cicatriciels, seul un œil averti remarquera une légère hésitation dans sa démarche. Comme elle ne pouvait lever ce postérieur très haut pour des raisons mécaniques, elle apprendra à compenser et à aborder les obstacles (troncs d'arbres couchés, marches) du bon pied, l'un entrainant l'autre. Et contrairement aux prévisions annoncées, elle n'hésitait pas à galoper, trotter, se rouler, menant une vie parfaitement normale. Mais c'est aussi pour la ménager que nous la réservions aux enfants et aux grands débutants; tâche qu'elle accomplissait avec générosité, tout en étant une maman stricte, tendre et dévouée.


Avec Pirouette


Avec Baktalo


Elfe, âgé de quelques heures, son dernier bébé.

Nymph et son dernier mari : Inouï, fils d'Harmony et père de Elfe.

Nymph en «sage-jument» accueillant Chazaam, la fille de sa grande amie Jolie.


Nymph et Chimo, une histoire d'amour passionnée, son mari
(les autres étaient des amants de passage !)




Elle a toujours gardé une certaine tendresse pour Passion, elle est un peu sa marraine...



Avec Chimo, complicité...

Ceux qui me connaissent savent que je suis mes intuitions, que j'agis énormément d'instinct et que cela me trahis rarement; quoiqu'il m'arrive de m'interroger sur le bien fondé d'une décision. Le temps finit toujours par me donner des réponses dont j'espère bien tirer leçons.

C'est pourquoi, lorsqu'en 2012, j'acceptai d'envoyer Nymph en France, beaucoup ont cru que j'étais tombée sur la tête... mais mon instinct me disait que c'était la bonne chose à faire, malgré mon cœur meurtrit et mes révoltes intérieurs. Je savais qu'elle ne trouverait pas meilleure maison. Qu'elle serait soignée, aimée, appréciée et qu'elle pourrait poursuivre son œuvre de chaman.


Il y a deux ans, presque jour pour jour, je les accompagnais dans leur long périple vers la Drôme Provençale... Sentiments mélangés, cœur partagé, savoir que l'on fait bien ne dit pas qu'on le fait avec plaisir. Nous avions toutes deux une mission à accomplir.



Nymph dans ses quartiers de rêve, avec une nouvelle amie. Elle ne semble pas trop malheureuse !





Voici ce que son humain français m'écrivait, hier, suite à sa disparition :
«Je pense à toi, à vous, qui avez passé dix années avec Nymph. Cette jument si présente. À tout ce que vous avez vécu ensemble. Pour moi, c'est la seule jument que j'ai vu mettre bas et c’était l’âme du troupeau. Son absence va peser lourd. (...) Incroyable de confiance. Comme souvent, sa forte présence en faisait un être qui ne pouvait disparaître.»

 
Nymph ! Nymph ! Même si c'est à mon cœur défendant que je t'ai envoyée de l'autre côté de l'océan, je n'ai jamais regretté cette décision. Tu étais à ta place, là où tu avais quelque chose à accomplir. Et je ne pouvais rêver meilleure maison pour toi. Nous faisons ce que nous pouvons avec les cartes de l'instant, le reste appartient à la vie. (Agnès Ledig)




Quelques jours avant le départ pour la France...

C'était une belle âme qu'elle n'a jamais hésité à partager. Une chaman... elle nous reviendra bien sous une forme ou une autre !



 En 2010, en compagnie de ses copines, elle posait pour notre carte de vœux de fin d'année...




En partageant ton âme avec moi, tu as conquis une part de la mienne. Bon voyage, ma belle.
Je ne doute pas que le paradis des chevaux t'ait ouvert grand ses portes.
Tu nous manque déjà, encore, toujours.

15 décembre 2014

Triste...


Une mauvaise nouvelle m'attendait dans la boîte de courriels de mon ordi, ce matin. La perte d'une jument extraordinaire... Nymph.

Je travaillais sur des photos pour le blogue quand j'ai reçu la nouvelle. L'ordre du jour vient de changer. Pour l'instant, je n'ai pas de mots, que des émotions.

Donnez-moi le temps de me rassembler.

Prenez soin de vous.

Isabelle


2 décembre 2013

Calendrier de l'Avant-2014: J-30 «Nymph»

Nymph, quelques jours avant son départ pour une nouvelle mission qui changera sa vie... et la nôtre.


Ah ! Nymph ! Probablement l'une des dernières Namaspamoosienne que l'on aurait pu imaginer nous quitter...

La complicité qui nous unie, elle et moi, est sans mots. Littéralement. Pour elle, je suis un livre ouvert. Elle est ma complice et mon indéfectible assistante. Elle lit les humains par coeur.

Nymph a permis à des dizaines de personnes de prendre confiance, comprendre la subtilité de la communication en selle, se guérir de frayeurs. Des dizaines d'enfants, avec et sans handicap, qui ont ri et fait mille folies sur son dos et autour d'elle, dans tous les sens, acrobaties et galipettes.

Nymph, d'une douceur et d'une patience infinie avec les inquiets, les doux, les effrayés, les faibles. Nymph têtue, brillante et indépendante avec ceux qui s'imaginent savoir et connaître... Nymph qui remet les orgueilleux à leur place, qui, avec intelligence et humour, cloue le bec aux arrogants. Nymph, océan de tendresse et de douceur qui soigne les coeurs blessés.

Nymph est la maman biologique d'extraordinaires bébés à qui elle a légué son immense générosité. 

Belle Nymph a changé d'amoureux, de pays et de continent. Nymph vit dans un petit paradis pour Curlies en Drôme Provençale...

J'ai l'ai menée, par le sabot, jusqu'à sa nouvelle maison. Avec un sentiment de trahison et, aussi, celui de faire pour le mieux.

Pour se souvenir de son odyssée : http://ca-frise-la-passion.blogspot.ca/search/label/Nymph

8 avril 2013

Les Curlies du Plan des Grès

Pour suivre les aventures de Nymph, Chumani, Rosie, Inouï, Sakura et de la toute nouvelle petite Truffe : http://curlys-plandesgres.blogspot.ca/

Je suis ravie de les retrouver dans la blogosphère !

Le beau projet de Benoît prend forme, bravo !

:o)

8 février 2013

Curlies au long cours 5 (et fin !)

Les derniers 913 km

Nous avions convenu que Vincent viendrait me prendre à l'hôtel à 4h30. Il se pointe finalement à 5h. Parcours inverse, à la même vitesse folle, sauf que cette fois, il fait nuit et qu'il y a du brouillard...

Arrivée à son écurie, je fais la connaissance de Pauli, un bonhomme plutôt sympathique et bedonnant, la soixantaine bien sonnée, et j'apprends qu'il sera notre chauffeur. J'espère qu'il conduit plus prudemment et tout en douceur...

Les juments ont l'air d'avoir passé une bonne nuit. Elles ont tout mangé, bien bu et, d'après les brins de paille sur leur dos, elles se sont couchées pour dormir. Tant mieux, la partie la plus pénible du voyage s'annonce...

Pendant que les hommes lambinent, un café à la main, je fais le tour du camion et de la remorque, vérifie les attaches, les pneus... Il n'y a toujours ni litière ni foin, toujours aussi sale, bref, tout est tel qu'abandonné la veille. Sachant que nous avons entre dix et douze heures de route,  je commence à m'interroger sérieusement et, pour paraphraser Scapin : «mais que diable allais-je donc faire dans cette galère ?»

Je demande à Vincent s'il a prévu des filets à foin. Comme j'ai l'air décidé, il m'en désigne, tout en me faisant remarquer que je les remplis trop à son goût. Pourtant, celui qu'il prépare pour son cheval de course (et oui, il sera encore du voyage celui-là, le pauvre aura même quatre heures de plus à faire, puisqu'il s'en va à Nice) est bien dodu... Il allait donc en mettre à son cheval et pas aux juments. Je n'ose imaginer comment ça se passe quand le propriétaire ne voyage pas avec ses chevaux...

Je demande aussi si on peut déplacer la barre d'appui au niveau du poitrail, car elles sont beaucoup trop hautes, donc dangereuses. Je crois qu'il commence à me trouver pénible !

Vient enfin le moment de faire monter les chevaux. D'abord le cheval de course, dans le camion avec Rosie. Les deux montent sans faire de difficulté. Il y a de la résignation dans l'oeil du Pur-Sang et un certain agacement dans celui de Rosie, mais elle est bonne pâte.

Puis, il approche Chumani de la remorque. Elle s'arrête et veut prendre un moment de réflexion avant de s'avancer vers «l'ogre puant», elle a droit une solide secousse de longe ! Si mon regard pouvait lancer des couteaux, Vincent serait tombé raide mort. Un tel manque de connaissances élémentaires des chevaux et de la lecture de leur langage corporel me sidère totalement, encore une fois. Car il s'agit d'un bonhomme qui a passé sa vie auprès des chevaux ! Ne pas voir que cette pouliche de 18 mois ne demande qu'un instant de réflexion pour évaluer la situation et voir si elle peut faire confiance à l'humain qui la tient, c'est non seulement de l’incompétence, mais aussi de l'imbécilité.

Ensuite, Vincent se met à tirer fortement sur la longe, évidemment, Chumani se braque. J'interviens immédiatement, je lui prend la longe des mains, caresse la pouliche, l'emmène faire quelques pas la longe longue, puis je la rapproche de la remorque, toujours la longe détendue. Elle m'accompagne jusqu'au bord. Je la laisse flairer, puis je l'emmène à Pauli - celui dont l'énergie est la plus calme - en lui demandant de la tenir le temps que je fasse monter Nymph. Heureusement, Nymph embarque facile, bien qu'en plissant le nez. Je reprends Chumani qui me suit avec qu'une seconde d'hésitation au moment d'embarquer et s'installe auprès de sa maman de substitution. J'espère que mon exemple fera un tout petit bout de chemin dans l'esprit de ces rustauds... bien que, tristement, j'en doute, car j'ai droit à un commentaire sur le fait que Chumani est «têtue» ! Bien sûr qu'elle est têtue, c'est aussi un bébé qui est drôlement plus sensible et intelligent que la gente masculine qui l'entoure. C'est vrai qu'elle a de la personnalité et qu'il ne faut surtout pas la braquer. Mais la violence n'est jamais la solution. Jamais. Surtout que si les Curlies savent être des océans de tendresse, contrairement à d'autres races de chevaux, au-lieu de se soumettre à la violence, il y a de forts risques qu'ils ripostent, leur sang de mustang étant encore très présent.

Avant de fermer les portes, je vérifie les attaches des juments. Pour Rosie, tout va bien, le design du camion fait qu'elle pourra voyager à peu près confortablement. Dans la remorque, les attaches sont tellement courtes que les cocottes ne parviennent même pas à toucher le filet à foin ! Si j'avais des doutes sur la mesquinerie de Vincent, je n'en ai plus aucun. Il est définitivement sur ma liste noire. Il allait faire voyager deux chevaux, durant douze heures dans une remorque bringuebalante, la tête attachée en l'air avec trente centimètres de corde.

Finalement, nous prenons la route à 6h20, une heure plus tard que prévu à l'horaire, mais ça n'a pas d'importance. Pauli est un passionné de courses, il adore les chevaux me dit-il. Il parle et raconte beaucoup, je ne comprends pas toujours tout, mais il est sympathique et il ne conduit pas comme un fou. Il me donne une idée de l'itinéraire. C'est jour de départ en vacances et il y a beaucoup de bouchons à prévoir. Mais il me dit qu'il a prévu son coup, planifié les routes à prendre, etc. Cela fait des années qui se promène sur les routes d'Europe. Tant mieux.

Nous passons par Lille, contournons Rheims et Troyes, toujours sous la pluie et dans le brouillard. La morne Marne n'est pas très attirante sous cette grisaille. Avec une certaine émotion, je lis sur les panneaux des lieux que je ne connaissais que par mes lectures ou mes cours d'histoire, comme le Chemin des Dames... Nous passons près de Colombey-les-Deux-Églises, le coup d'oeil depuis l'autoroute est très semblable aux nombreux clichés que j'ai déjà vus; j'ai un salut muet pour le Général de Gaulle.

Il pleut ou bruine toujours. Des bancs de brouillard, de la brume et, partout, des inondations. Les rivières sortent de leurs lits, des piquets de clôtures émergent de champs inondés. À la radio et sur l'écran du GPS, les bouchons de circulation sont signalés et se désagrègent au fur et à mesure que nous les approchons, j'en suis ravie. Car Pauli a beau être sympathique, à part sa conduite plus appropriée, il ne porte aucun intérêt aux chevaux. Nous ne ferons que quelques arrêts-pipi et jamais Pauli n'ira vérifier ni les véhicule ni les chevaux. C'est moi qui le fais alors qu'il soulage sa vessie... ce qui me permet de découvrir que Nymph a fait tomber sa barre d'appui que je remets tant bien que mal, car elle ne tient qu'avec un bout de ficelle. Soupir...

J'emprunte le téléphone de Pauli pour appeler Benoît, le nouveau papa des cocottes, qui nous attend patiemment en m'assurant qu'il fait très beau chez lui, ce qui me fait plutôt plaisir, car je suis lasse de toute cette brouillasse.

Nous arrivons à Lyon qu'il nous faut traverser. La circulation est dense, mais ça roule. Le Rhône déborde ici aussi et il est plutôt impressionnant. Mais je suis contente de le voir, car je sais qu'il annonce que nous approchons du but. Il nous reste qu'à le suivre durant deux heures et nous devrions arriver. Deux heures plus tard, il fait toujours aussi gris, avec un crachin désespérant. Je commence à douter de trouver du soleil chez Benoît et Pauli en fait même des blagues. Mais, cinq kilomètres avant notre sortie, le ciel se dégage et le soleil guigne au travers de nuages qui se font de plus en plus rares.

Encore quelques kilomètres de ronds-points (pauvres chevaux) et de routes de campagne serpentant entre vignes et lavandin, et nous voilà arrivés à Chantemerle-lès-Grignan, en Drôme Provençale, avec l'impression d'avoir changé de pays : il fait beau, l'air est doux, nous pouvons enfin descendre les cocottes et les installer dans leur nouveau pré où l'herbe est VERTE, un abreuvoir rempli d'eau fraîche les attend, ainsi qu'un magnifique abri. Pauli a repris la route pour Nice, avec le pauvre Pur-Sang esseulé; il n'avait pas apprécié voir descendre sa compagne de voyage et il lui a lancé des adieux déchirants et moi, je me détends enfin de voir mes cocottes si bien accueillies et installées.


Une herbe aussi verte, cela faisait quelques mois que Nymph n'en avait dégusté !


Et après quelques jours magnifiques à profiter de l'accueil chaleureux et généreux de mon hôte et de sa famille; après d'excellents repas partagés avec des personnes cultivées, drôles, charmantes; après quelques visites touristiques et de découvertes de vieilles pierres fascinantes, vint le temps des au revoir...




Au revoir ma beauté, te quitter est un déchirement. Nous avons une telle complicité, tu as redonné confiance à tellement de gens, accueilli tellement d'enfants et de handicapés sur ton dos généreux, tu es une chamane, un océan d'amour et de patience pour les humains. Je sais que tu es dans une bonne maison et que tu as de nouvelles âmes à guérir... mais tu me manques. Je te cherche des yeux chaque fois que j'entre dans le parc et chaque fois je me souviens que tu n'es plus sur le même continent et mon coeur chavire...





Au revoir princesse des bouclettes ! Amuse-toi bien et enseigne aux humains la patience et la réflexion, mais essaie de ne pas les faire tourner en bourrique trop souvent, car tu sais être coquine !




Au revoir belle Rosie ! J'ai été ravie de faire ta connaissance. J'espère que tu auras un magnifique poulain qui deviendra un compagnon de jeu pour Chumani !





Au revoir les filles, soyez heureuses et que ce bonheur soit contagieux !

Car ce n'est qu'un au revoir.
.


6 février 2013

Curlies au long cours 4

Étape belge...

(...) Deuxième mauvaise surprise à l'ouverture des portes de la remorque (ou van, comme disent nos amis outre-atlantique) : il est immonde. Il empeste l'urine, il n'y a ni litière ni foin et pratiquement aucune ventilation. J'essaie de rester calme, il est prévu de ne faire qu'un petit parcours pour se rendre à une écurie où les juments pourront enfin se délasser les jambes et s'allonger toute une nuit si elles le désirent.

Le fameux camion + remorque dans lesquels nous avons passé 13 heures !
 Les juments embarquent gentiment, malgré l'odeur... Elles sont vraiment formidables et adorables, je me désole d'avoir à leur imposer encore du transport, surtout dans de telles conditions. Elles sont fatiguées et je ne dois pas avoir l'air beaucoup mieux.

J'embarque dans le camion avec Vincent Van Loo, le propriétaire de la compagnie de transport internationale la meilleure d'Europe (est-ce que ma pointe de sarcasme est perceptible?) et son cousin Philip. Comme je ne parle pas plus flamand que néerlandais, il m'annonce dans son meilleur franglais que nous partons pour la Belgique, chez lui, où les juments passeront la nuit. J'ai un sursaut, si loin? Encore tant de route? Il me dit que c'est à 250 km et que, s'il n'y a pas de circulation, «on devrait y être en moins de trois heures», bien qu'il leur en ait fallu cinq pour se rendre à l'aéroport... J'avais oublié combien certains pays sont petits en Europe et qu'on peut les traverser en quelques heures. Mais mon coeur se serre en pensant aux pauvres cocottes dans leur van puant. D'autant que le chauffeur conduit comme s'il n'y avait pas de remorque en arrière ni de précieuse cargaison : vite, en changeant de voies, coups de frein et de volants. Je bouillonne intérieurement et je m'essaie à la diplomatie internationale en leur racontant le transport pour Toronto, la douceur de la conduite, les pauses, etc. J'explique comment j'ai été surprise de voir combien on ressentait tous les mouvements de volant lorsqu'on voyage dans la remorque avec les chevaux... Bref, j'y vais avec mes gros sabots (hollandais), côté subtilité, j'ai déjà fait mieux. Ils n'ont pas l'air de s'en faire et m'assurent qu'ils sont les meilleurs... Comme je n'y peut pas grand chose, je prends mon mal en patience et j'observe le paysage.

Ce que je retiens de ma traversée de la Hollande ? Des canaux, des éoliennes, des canards, des cygnes et des poules d'eau sur des tas de canaux et du brouillard, encore du brouillard. Avec l'unification de l'Europe, il n'y a plus d'arrêts aux postes frontières et nous nous retrouvons en Belgique. Vincent me dit qu'il habite au sud, à quinze minute de la frontière française, donc encore une grosse heure de route ! Pour une nord-américaine, il est difficile d'imaginer que l'on puisse traverser un pays en moins deux heures. Mais je suis ravie de la nouvelle. Comme nous ne faisons que de l'autoroute, je ne remarque pas grand chose de la Belgique, un autre pays que je n'ai pas encore visité. J'ai une pensée pour les gentilles personnes que j'y connais (elles sont quelques unes :o)) tout en réalisant que, Pirouette, la fille de Nymph, habite justement en Belgique!


Belgique, fin de journée, depuis l'écurie, vue sur un champ de... choux de Bruxelles ! Premier rayon de soleil depuis notre arrivée en Europe et le dernier pour les prochaines 24 heures.

Nous arrivons enfin chez Vincent. Le trajet s'est fait assez vite, finalement, et d'immenses boxes avec une bonne litière épaisse attendent les juments. De plus, le soleil fait une apparition et, pour une quinzaine de minutes, sa chaude lumière inonde la campagne belge. Je mets Nymph et Chumani dans le même box qui est bien assez grand pour les recevoir toutes les deux et Rosie obtient un box pour son bedon et elle. Je leur sers du foin sous l’œil soupçonneux de Vincent qui trouve que je leur en mets beaucoup. Je lui dis qu'il ne faut pas leur donner de grain et il semble étonné. En fait, de ce que je comprends, pour lui les chevaux sont tous pareils - ou doivent être tous pareils -, manger la même chose, se formater aux exigences des humains qui ne peuvent jamais avoir torts. Je pense qu'il aime ses chevaux, mais nous n'avons pas du tout la même philosophie... En remarquant que son foin est emballé, je lui demande si ses chevaux sont vaccinés contre le botulisme. Il répond évidement que oui et il ne lui vient pas à l'idée que les miens, ou tout autre en transit chez lui, ne le sont peut-être pas. Son foin pourrait donc les tuer... je tombe des nues, encore une fois. Pour des «hommes de chevaux», leur incompétence ou - pire - leur indifférence me sidèrent. Nous ne sommes pas de la même planète, c'est évident.

D'ailleurs, ils ont la même indifférence pour moi que pour mes chevaux. C'est peut-être aussi une sorte de timidité, ils ne savent pas bien quoi faire de moi, alors je suis transparente. Je m'assure qu'il y a bien une chambre d'hôtel réservée pour moi, pas trop loin. «Oui, oui... nous irons tout à l'heure», en attendant, il faut boire un café avec le maréchal-ferrant «le meilleur du pays», évidemment. Ils me font une petite place autour de la table. Manque de pot, à part du café et de l'eau, ils n'ont rien à m'offrir. Ce n'est pas grave. Aucune importance que cela fasse 36 heures que je suis debout et que je n'ai rien mangé depuis 12 heures. Il ne leur vient pas à l'esprit de s'en enquérir. Ils avaient leurs propres sandwiches dans le camion... ils n'ont donc pas faim tout de suite. La conversation roule en flamand, langue rocailleuse qui roule, grince et flute. En fait, maintenant que mes chevaux sont confortablement installés, la situation m'amuse plutôt, je pose sur la scène en regard de spectatrice. Ils ont des visages marqués, des mains caleuses et sales. D'ailleurs, l'endroit est plutôt malpropre. Vincent a un petit Jack Russell qui m'adopte, se pose sur mes genoux. Je le grattouille et il apprécie. La scène me donne envie de prendre des photos, mais je m'abstiens. Je ne suis pas certaine qu'ils apprécieraient.

Enfin, il est 16h30 et Philip est affamé, il y a tout d'un coup urgence de m'emmener à mon hôtel et qu'ils aillent souper. Je leur fait remarquer qu'il n'est pas encore 17 h, que c'est un peu tôt pour souper ? Non, non, il est même limite tard ! Ils m'embarquent dans le 4x4 sport de Vincent et en route pour l'hôtel. Vu la vitesse à laquelle Vincent négocie les petites routes de campagnes étroites et sinueuses, je crois qu'il pense que les panneaux de limite de vitesse sont uniquement pour les tracteurs. Je n'ai pas peur en voiture et j'aime la conduite sportive, mais sur les route appropriées... Je suis donc contente quand, en quelques minutes, nous arrivons au club de golf de Waregem qui fait aussi restaurant et hôtel. Comme c'est la morte-saison, le restaurant est fermé et je serai l'unique cliente de l'hôtel. Heureusement, le bar est ouvert et ils servent des repas. Il est à peine passé 17h et les seuls clients terminent leur repas au moment où je m'installe. C'est donc vrai qu'ils soupent si tôt en Belgique !

Il n'y a qu'un employé à l'hôtel et il est adorable. Il ne parle que flamand ou anglais, ce qui me surprend un peu dans un pays qui est censé être à moitié francophone... Il me concocte un bon repas de poisson et légumes, c'est parfaitement dans mes goûts. Quand il réalise que je quitterai l'hôtel à 4h30 (oui, oui, du matin), il me prépare un déjeuner à emporter : petits pains, jambon, jus de fruit, bouteille d'eau, fromage et, bien sûr, une gaufre belge ! J'apprécie l'attention et le remercie abondamment. De plus, il me permet de squatter son ordinateur afin que j'envoie un message à André.

Ensuite, je prends possession de ma chambre : douche et dodo, demain est un autre jour...

À suivre...

4 février 2013

Curlies au long cours 3

Arrivée dans les «Vieux Pays»

(...) Olli va voir le commandant et obtient la permission que nous soyons, elle et moi, dans le conteneur, avec les chevaux, lors du décollage. Les passagers embarquent à leur tour et s'installent...

Lors du décollage, Olli me dit de tenir en l'air la tête des chevaux, car ils ont tendance à plier les genoux et jarrets au moment où l'avion quitte le sol. J'avoue que c'est toute une expérience de vivre le décollage d'un 747, debout dans un conteneur, avec des chevaux ! Nous sommes bien calées contre la parois, je m'occupe de maintenir en l'air les têtes de Nymph et Chumani, alors qu'Olli s'occupe de Rosie. Comme annoncé par Olli, les juments ont les jambes qui plient juste au moment où les roues quittent le sol. Il y a, dans leurs yeux, de gros points d'interrogation. Mais notre calme les rassure et après quelques minutes, elles se remettent à piocher dans leur foin, l'air serein.

Durant le vol, les hôtesses permettent à certains passagers d'aller rendre visite aux chevaux, surtout à ceux qui sont près de la porte d'accès à la section cargo et qui s'interrogent sur nos allées et venues. Cela me donne l'occasion de parler des Curlies et d'expliquer ce que nous faisons; un peu de relations publiques ne fait jamais de mal :o)

Le vol se passe sans histoires. Je vais voir les juments, toujours aussi tranquilles, toutes les heures. Je leur apporte à boire, vérifie qu'elles ont toujours du foin, les câline un peu. Elles alternent siestes et grignotages et n'ont pas l'air trop stressé. Pour ma part, je parviens à faire trois siestes d'une vingtaine de minutes, ça va bien.

Sept heures plus tard, l'atterrissage se passe comme le décollage : nous sommes avec les juments, nous leur maintenons la tête en l'air pour ne pas qu'elles se heurtent. Ce sont des sensations totalement inconnues pour ces juments, mais elles nous font confiance.

À l'arrivée à Amsterdam, il faut que je descende avec les passagers, car je dois passer les formalités douanières. Je n'ai qu'un petit sac, j'ai du foin dans les cheveux et je sens le cheval : les douaniers ne mettent pas en doutes que je suis une groom on duty et il ne me faut que quelques minutes pour sortir.

L'aéroport international de Schiphol-Amsterdam est immense. Je prends donc un autobus qui me dépose, un kilomètre plus loin, devant les entrepôts cargos de KLM. Le bâtiment #1 est justement le Animal Hotel, le lieux de transit de milliers d'animaux de toutes sortes qui partent et arrivent du monde entier. D'ailleurs, dans notre avion, Olli avait aussi la responsabilité d'un gentil chat persan dont la destination finale était le Koweit. Pauvre minou... nous l'avons "minouché" durant le vol, mais il n'avait pas l'air bien heureux de son aventure qui, manifestement, était loin d'être terminée.

Je passe une guérite de sécurité où, après vérification que mon nom est bien sur la liste des personnes autorisées, on me remet un badge qui me permettra de circules sur les lieux.


 Voici «le salon» réservé au grooms (accompagnateurs des animaux). Mais je préfère patienter dehors, pour prendre l'air, en attendant que Olli et les juments arrivent à l'entrepôt. Le jour se lève, mais il fait tellement gris, humide et brumeux, que ce n'est pas bien agréable. Pourtant, je hume l'air de ce pays où je ne suis encore jamais venue. J'essaie de déchiffrer les divers panneaux, mais le néerlandais est une langue bien étrange... Heureusement que la plupart des indications sont aussi en anglais !

J'ai peu d'images de l'Animal Hotel, car la prise de photos est interdite. Mais j'ai obtenu la permission de prendre en photo mes chevaux «et uniquement mes chevaux !» Je n'avais emporté qu'un petit point and shot que mon frère ma gentiment prêté et qui se glisse dans une poche, ce qui est bien pratique.




 Finalement, Olli vient me chercher et m'emmène aux chevaux qui sont dans la «section rouge» réservée aux animaux qui ne sont pas encore dédouanés et qui n'ont pas encore passé l'inspection vétérinaire de l'arrivée. Je ne savais pas si j'avais le droit de me rendre dans cette section, mais Olli me dit que oui, que c'est écrit sur mon badge... en néerlandais !







Les photos sont affreuses, comme la lumière qui règne dans tout entrepôt, mais voici les cocottes qui attendent patiemment qu'on vienne les chercher...

Cela prendra encore presque trois heures avant que toutes les formalités de douanes soient effectuées. En attendant, Olli me fait visiter les lieux. Elle m'explique que des dizaines de milliers d'animaux transitent par le Animal Hotel, chaque année. Ce jour-là, il y avait une soixantaine de chiens - dont plusieurs du Canada- , une vingtaine de chats, des oiseaux exotiques, des lapins, des cochons d'inde et des milliers de poussins d'un jour... Il y avait aussi huit chiots de sept semaines, nés d'une chienne ayant accouché sur place, alors qu'elle devait être expédiée en Afrique. Comme ni le vendeur ni l'acheteur n'ont voulu payer les frais vétérinaires et de pension, le personnel s'en est occupé et leur cherche une famille d'adoption...

 Pour en revenir à mes équidés, finalement, le contrôle vétérinaire n'est qu'une simple formalité : la vétérinaire vérifie les certificats de santé internationaux et comparent la description des chevaux avec ceux qui sont en face d'elle. Petite auscultation rapide, pas de morve au nez ni de blessure apparente... Nous sommes enfin libérés.

Le transporteur Belge qui doit nous emmener est arrivé depuis un moment. J'inspecte son camion et sa remorque, tellement différents de ce qui se fait chez nous. Il y a un camion dans lequel monteront deux chevaux, dos au sens de la marche, et une remorque pour deux autres chevaux. Je trouve le système d'attache bien maigrelet et il n'y a qu'un câble pour sécuriser le tout (chez nous, se serait une double chaine). J'apprends à ce moment-là qu'il transportera un quatrième cheval, un cheval de course, en même temps que les juments. Je ne suis pas contente, cela n'était pas prévu et je ne veux pas que mes juments, surtout Rosie qui est enceinte, soient en contact avec un cheval qui traine sur les hippodromes et qui peut être porteur de toutes sortes de virus contre lesquels mes juments ne sont pas vaccinées et que leur organisme ne reconnaitra pas, surtout avec le stress et la fatigue. Manifestement, mon mécontentement n'y peut rien. Je m'arrange pour que le cheval de course, gentil au demeurant, n'ait aucun contact avec les juments. L'avantage du camion est que les chevaux sont complètement séparés et ne peuvent avoir de contacts nez à nez, c'est toujours ça.

Deuxième mauvaise surprise à l'ouverture des portes de la remorque (ou van, comme disent nos amis outre-atlantique) : il est immonde. Il empeste l'urine, il n'y a ni litière ni foin et pratiquement aucune ventilation. J'essaie de rester calme, il est prévu de ne faire qu'un petit parcours pour se rendre à une écurie où les juments pourront enfin se délasser les jambes et s'allonger toute une nuit si elles le désirent.

À suivre...



1 février 2013

Curlies au long cours 2

Le long voyage...


Les formalités vétérinaires sont terminées. Le conteneur de transport est approché et préparé. Une litière épaisse de copeaux de bois tapisse le sol. Les filets à foin sont bien remplis. La largeur des stalles est ajustée et toutes les attaches sont vérifiées : il est temps d'y installer les chevaux.


Rosie est la première à être installée. Placide, elle monte sans histoires. Il fait moins froid et moins venteux à l'intérieur !




Vient ensuite Chumani. Une petite photo pour la postérité et on y va. Elle prend six secondes pour flairer la rampe d'accès (c'est la première qu'elle rencontre) et la voilà embarquée à son tour. Nymph suit, sans hésitation. Elle est la plus fatiguée des trois et n'aspire qu'à une sieste dans ce lit de copeaux si invitant...






Après un petit tour sur la balance, le conteneur revient avec son précieux chargement. Nous attendrons deux heures, dans le hangar, tranquilles. Les chevaux en profitent pour faire une sieste, puis s'attaquent aux filets à foin. Nous leur offrons à boire et des câlins. L'ambiance est calme.

Comme nous, humaines, n'embarquerons pas dans l'avion comme des passagers ordinaires, nous avons droit à notre inspection de sécurité privée. Fouille, vérification des passeports et des titres d'embarquement, nous voilà agréées, prêtes pour l'embarquement.

Encore un peu de patience et l'on vient enfin nous chercher. Chumani, Nymph et moi, cela fait plus de douze heures que nous avons quitté la maison... nous sommes jeudi soir, ce n'est encore que le début d'un bien long voyage.

Olli et moi embarquons avec les chevaux, dans le conteneurs. Nous sommes dans le petit couloir en avant des stalles. Nous pouvons les rassurer et les grattouiller. On nous attèle à un tracteur un peu plus puissants et nous sortons enfin du hangar. Le vent et le froid nous surprennent. À toute petite allure, bien secouées, il nous faut nous rendre de l'autre côté de l'aéroport, rejoindre notre avion sur la piste. Vingt-minutes de cahin-caha, sous la pluie verglaçante qui s'engouffre sous la toile, précipitée par un vent agressif. Enfin, notre avion est en vue : un gros Boeing 747, moitié dédié au transport passagers, moitié cargo :




Nous attendons notre tour, car nous serons le dernier "cargo" à être embarqué (donc le premier à descendre à l'arrivée). Je trouve passionnant d'observer toute cette logistique et l'organisation, sans parler de la mécanique spécialisée. Nymph, maintenant bien réveillée, n'hésite pas à sortir la tête pour observer tout ça. Elle est plus curieuse que craintive et je pense que ma présence la rassure aussi.




Nous voici hissées à la hauteur de la porte de l'avion où il ne reste que l'espace d'insérer notre conteneur... Les déplacements se font à l'aide de roulements dans le sol, c'est ingénieux et d'une précision qui m'épate. Chaque palettes et son contenu sont soigneusement emballés et arrimés au sol. Notre conteneur le sera aussi.






Dernier coup d'oeil vers l'extérieur avant que la passerelle ne se retire et que la porte se ferme...




Les juments sont calmes et mangent. J'ai dû fermer la porte du fond du couloir, à côté de Nymph, car elle sortait un nez inquisiteur et testait la solidité de l'emballage du chargement voisin qui, manifestement, n'est pas fait pour résister aux dents d'une Curly curieuse... On ne la voit pas sur cette photo, elle est cachée par Chumani. Rosie est au premier plan. Devant elles, on voit que la bâche a été relevée afin de permettre une bonne circulation d'air...


... et aussi de permettre aux hôtesses curieuses de venir admirer ces bouclettes !




La porte d'accès à la cabine passagers se trouvent derrière ce gros filet de sécurité. Il faut se glisser par le côté, en enjambant les attaches, pour se rendre dans la cabine. Il y a un passage entre le filet et le mur de la cabine.


Juste à gauche du "18L", il y a la porte qui donne sur l'extérieur. Et en dessous, il y a un hublot, caché par une tenture isotherme que nous pouvons soulever pour regarder à l'extérieur... et nous y voyons des équipes occupées à dégivrer l'avion!






Vue de la porte (ouverte) donnant sur l'espace cargo (on aperçoit le conteneur des chevaux) depuis l'intérieur de la cabine passager. Nos sièges sont les derniers, à côté de la porte.

Olli va voir le commandant et obtient la permission que nous soyons, elle et moi, dans le conteneur, avec les chevaux, lors du décollage. Les passagers embarquent à leur tour et s'installent...

À suivre...
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