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10 mai 2017

Toujours rien...


Bonjour!

Tout va bien, toujours pas de poulain (s) à présenter.

Enfin un rayon de soleil avec un peu de vent : tous dehors, pour avancer les travaux de printemps!

Ça m'agace de ne pouvoir partager des photos via mon téléphone, car je suis dans le pré, avec les chevaux. Un ciel bleu magnifique, des oiseaux qui ne savent plus où donner du chant... C'est apaisant et vivifiant à la fois!

Je contemple les deux bedonsbedondaines qui broutent paisiblement...
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8 mai 2017

Zut!

Je m'aperçois que les photos et vidéos que je pensais avoir publiées via mon téléphone n'apparaissent pas!

Pour le texte, ça semble bon.

Au-moins, vous n'avez manquez aucune nouvelle essentielle. Pas encore de poulain, Insy serre les fesses (je la comprends de ne pas vouloir mettre au monde son bébé par un tel froid de canard...)

Quand je serai de retour dans la maison, je vous mettrai quelques images.

16 février 2016

Me voir ailleurs, en attendant de me lire ici!


 Mademoiselle Hélys a bientôt 8 mois...


Bonjour !

Oui, oui, je sais. Je suis bien vilaine d'ainsi vous laisser sans publications et sans nouvelles tant de temps.

Quoiqu'Albert en dise, on a beau tirer dessus, l'élasticité du temps n'est pas à la portée de tous. La preuve : je tire, je pousse, je force; rien à faire, je ne parviens qu'à grappiller quelques minutes par-ci par-là, jamais assez semble-t-il.

Ce n'est pas faute de m'agiter! Car ce n'est pas simplement parce que je fais ma mauvaise tête ou bien que je (vous) boude, le blogue a tendance à prendre le bord, comme on dit chez nous... Beaucoup de choses bien moins intéressantes, mais tout en haut de la liste des priorités, m'occupent.

Je publie des photos sur Facebook le plus régulièrement possible. Bien évidement qu'elles ne sont pas accompagnées, comme ici, de mes textes et légendes drôles, intelligents, toujours teintés d'émotions subtiles qui font la renommée de mon blogue (ahem, hum! hum! en toute modestie...)

Mais la bonne nouvelle, c'est que vous n'avez pas besoin de vous abonner à Facebook pour voir les photos ! En effet, ma page étant publique, il vous suffit d'y aller en suivant le lien ci-dessous :


Je n'abandonne pas mon blogue, il est simplement sur pause. J'y mettrai éventuellement plus de textes que de photos, c'est - étrangement - parfois plus facile, surtout techniquement.

À tout bientôt !

Isa-de-Namaspamoos

 Ps Je vous ai mis les photos des bébés, c'est la moindre des choses!

Mademoiselle Fée, son aile que les frisous de l'hiver transforment en coeur... 7 mois.


11 décembre 2015

Dose d'amour


Je les aime tous, tous les équins namaspamoosiens. Sans parler de gradation dans l'affection, j'avoue un lien particulier, une relation au diapason, une intimité complice avec le bel Hélios...

Il avait trois ans et je lui avais mis l'horrible licou de corde simplement parce que nous devions faire des photos et que c'est celui qui lui seyait le mieux. Bien sûr, il le déteste autant que moi et cet instrument monstrueux à la fausse réputation "d'éthologique" repose maintenant au paradis des empoussiérés. Heureusement qu'il n'a pas l'air de m'en vouloir...



J'ai manqué la naissance d'Hélios de quelques minutes... Sally, sa maman et une coquine de première qualité, m'avait fait croire que j'avais le temps d'aller manger un morceaux avant qu'elle ne délivre sa surprise... Jolie surprise que ce poulain aux jambes immenses et à la robe extravagante qui ne me plaisait que modérément (je parle de la robe, pas du poulain!) Le courant est tout de suite passé, je savais qu'il serait notre petit prince...



Cinq ans plus tard, le petit prince est devenu roi soleil. Nous avons toujours nos frisous et la mèche rebelle. Il a grandit, j'ai grisonné et mon pull préféré vivait ses derniers instants!

Je les aime tous, bien sûr, mais je n'ai cette intimité qu'avec lui, ... et Luna, ... et Passion... et elle est en train de naître avec Fée qui est le portrait de son papa, en féminin... Sans oublier cette relation si particulière avec Dame Augustine...
Finalement, c'est vrai que je les aime tous!

9 décembre 2015

Saisir l'instant


Texte écrit le 23 novembre, de nuit, sur un nouvel outil qui, j'espère, me permettra de plus facilement coucher mes mots, à défaut de mon corps quand le sommeil me fuit.


Novembre, le 23.

Laisser ses doigts courir sur le clavier afin de l’apprivoiser. Ne pas penser, respirer. Oublier le fond de mal de tête qui nous hante depuis des heures. Se souvenir de l’air froid et craquant, l’impression de se saturer d’oxygène lors de la première sortie du matin. Respirer à plein poumons, se laisser éblouir par l’intensité bleue du ciel. Fermer les yeux. Entendre les oies qui passent, écouter le bruissement régulier de leurs ailes. Se souvenir des sensations de fin d’automne, du seuil de l’hiver.




Bonne nuit.

5 mai 2015

En cas d'absence...



Image trouvée sur le web, sans indication d'auteur... Je rendrais à César ce qui lui appartient, si jamais il se manifeste!

J'aimerais énormément beaucoup réussir à publier trois billets par semaine. C'est mon objectif idéal, mais ce n'est pas toujours possible, d'autant que nous nous lançons dans des travaux de rénovation de la maison qui empièteront sur ces si rares et précieuses minutes volées à mes devoirs et que je dédie à ce blogue. Ne désespérez pas, quoique sans garantie de ponctualité, je demeure fidèle au rendez-vous.

Et si, lors de votre visite, vous ne dénichez rien de neuf à vous mettre sous la dent les yeux, je suis certaine que vous trouverez plaisir à fouiller dans les 530 billets publiés à ce jour ! Vous pouvez y aller par thème et sujet abordé, ou bien en tricotant ou détricotant le fil du temps. Tous les billets sont disponibles via les archives accessibles par la colonne à droite de la page.

Et avec les bedons qui frisent l'explosion et les futurs poulains à naître, il est certain que je vais avoir de la matière à partager sous peu! Et j'ai des tas de photos d'hiver que je n'ai pas encore publiées...

Au plaisir !




16 mars 2015

Souvenirs de neige 2


Je lisais quelques commentaires, sur FB, de personnes se réjouissant de l'arrivée imminente du printemps, de son odeur fraîche et vivifiante, de la renaissance de la nature après ce long et - ô combien rigoureux - hiver... C'est vrai qu'au jardin et sur le bord des chemins, cela peut s'avérer assez bucolique.

Par contre, quand les parcs d'hiver des chevaux dégèlent, le printemps prend une autre figure...


Surtout s'il fait soudainement 35°C de plus que la semaine précédente (il faisait alors -26°C) et que le soleil et le vent se mettent de la partie. En quelques heures, il se crée des lacs dans les prés et les jardins. Ceux du jardin sont plutôt jolis, mais ceux des prés, quoique scintillants, ont une couleur incongrue...

Et la paire de bottes hautes et imperméable est de rigueur ! Pas certains de la qualité de vos bottes? Un petit tour dans le parc des chevaux et vous saurez immédiatement si votre achat était une bonne affaire ou non...



Et le dégel recèle d'autres surprises édifiantes :

Même la caméra est toute retournée par une aussi subite transformation!


Heureusement, ces lacs envahissent uniquement des parcelles des parcs et ils sont temporaires. Dès que toute cette eau se fraie un chemin en dessous de la neige épaisse des fossés, elle peut s'évacuer rapidement. Cela fait partie de cette entre-saison du dégel. Tout se transforme si vite : le paysage, la durée du jour, l'intensité du soleil, les jours de neige, puis de giboulées, des matins glacés et le suivant bien mouillé. Même les chevaux se métamorphosent; physiquement en perdant leur manteau et psychologiquement avec des hormones qui s'excitent à la moindre vue ou odeur d'un congénère du sexe opposé.

Ne croyez pas que je m'en plaigne, bien au contraire, cela fait partie de ce quotidien magique dont je ne me lasse pas, malgré les "splouch" parfois inattendus de nos bottes inondées, mêmes hautes et bien étanches.

Chez nous, le vrai printemps arrivera en mai alors que les bourgeons auront éclatés et que les forêts se pareront de vert tendre printanier, que la boue et les crottins flottants des parcs des chevaux ne seront plus que des souvenirs (sous forme de tas à ramasser) et que nous apercevrons les premiers faons, bébés ratons-laveurs et autres mignonnes moufettes, sans oublier tous ces oiseaux qui seront bientôt de retour.

En attendant, il y a 18 chevaux en pleine mue qui n'attendent que le bon vouloir des humains pour les aider à se débarrasser de leur manteaux d'hiver. Des volontaires?

10 mars 2015

Procrastination


Après la folie et la froidure de ces dernières semaines, le printemps semble prêt à faire un effort pour lutter contre les sombres prédictions de Phil-la-marmotte-pessimiste-mais-omnisciente en nous envoyant des journées plus douces, plus ensoleillées et... plus longues.

Impossible de résister à l'appel du redoux nouveau ! Les premières lueurs me poussent vers l'extérieur et la compagnie des chevaux. Quand, finalement, un sentiment de culpabilité me rattrape (tant de travail à faire aussi dans la maison, de paperasse à régler, de foyer à entretenir...) et me ramène vers la maison, je trouve toujours une occupation qui me tienne loin de mon blogue... jusqu'à ce que, la chair est faible, je me propulse à nouveau hors des murs, pourtant chaleureux, de ma demeure.

Ce sont les cieux rougissants qui me rappellent qu'il est l'heure de rentrer...




Et devant tant de beauté, il existe un moyen pour encore accentuer cet instant de bonheur : le partager.




Non seulement le soleil nous illumine de plus en plus longtemps, mais il a repris son voyage vers l'ouest, se couchant un petit plus à droite chaque jour...

Voici venir le merveilleux temps de la slush, des chevaux muant et empoilant tout ce qui passe à moins de cinq mètre d'eux, et des crottins de l'hiver flottant sur un océan de boue printanière...

On n'y est pas encore, mais il arrive : joyeux printemps!

25 février 2015

Le battement d'ailes du papillon


Il y a des séries, comme ça. Chez les chevaux, les ennuis viennent souvent par trois et je n'ai aucune idée du pourquoi ni du comment. La loi secrète de l'univers ou la théorie du chaos, je présume. L'une des conséquences a été mon absence de la blogosphère ces dix derniers jours.

Tout a commencé lundi avant-dernier. J'avais fait mon petit billet sur les humains du lundi. Le soleil s'était levé et je m'apprêtais à sortir dans le froid intense : -26°C au thermomètre, -36°C au ressenti sur la peau avec le facteur éolien. Cela semble banal de parler de la météo, mais elle a ici son importance, car sans cette météo de l’extrême, je n'aurais pas d'histoire à vous raconter. Le froid et la neige comme effet papillon...

Nous vivons un des mois de février les plus rigoureux de l'histoire de la météorologie. A priori, le record du mois le plus froid sera battu. Les chevaux le vivent plutôt bien, ce qui m’impressionne toujours. Comme c'est le vent qui est le plus pénible, nous avons déplacé stratégiquement les filets à foin, afin qu'ils puissent choisir celui qui est le plus abrité en fonction du vent dominant du moment. Évidement, nous conservons ces filets toujours pleins, car par de telles températures, les chevaux brûlent les calories au même rythme qu'ils les ingèrent.

Bien nous pris également d'avoir (enfin!) installé un dé-glaceur dans l'abreuvoir ce qui permet aux chevaux d'avoir toujours accès à une eau presque tiède.

Bref, du moment, que nous sommes bien habillés, la routine des soins et de l'inspection se passe sans heurts. Et, à l'abri du vent, le soleil réchauffe vraiment, quand il y en a. L'air est sec, la neige crisse sous les pas, ce sont les joies de l'hiver que, les chevaux et moi, nous avons toujours préférées aux mouches et à la canicule de l'été. Il n'y a que l'appareil photo qui apprécie modérément...

C'est alors que survient la battement d'aile du papillon : à un kilomètre de chez nous, par une route rendue glissante par les conditions hivernales, un automobiliste perd le contrôle de son véhicule et vient faucher un poteau électrique. Le chauffeur sans sort sans trop de mal, mais le courant est coupé et la panne dure trois heures.

Chez nous, pas d'électricité signifie pas d'eau (nous avons une pompe pour le puits), pas de chauffage et pas de dé-glaceur dans l'abreuvoir... Les tuyaux qui se rendent de l'écurie aux abreuvoirs luttaient probablement déjà contre le gel. La non-circulation d'eau pendant trois heures a été le coup de grâce. Au début, je ne me suis pas trop inquiétée. Ce n'est certes pas la première fois que la sortie des tuyaux gèlent et, à force de pratique, nous avons quelques techniques éprouvées pour leur redonner vie. Pas cette fois. Tant de froid et l'absence de neige du mois de janvier a probablement gelé le sol sur plus d'un mètre de profondeur. Nous ne pouvons localiser le bouchon de glace... la lutte contre le temps et la progression de la glace commence.

Je vous épargne la nuit passée dehors à tenter le tout pour le tout, les jours à travailler à établir un système parallèle d'alimentation en eau, la course d'une quincaillerie à une autre, les chauffe-tuyaux neufs qui ne fonctionnent pas et qui obligent à tout recommencer, les va-et-vient en tirant le traineau remplis de bidons d'eau pour abreuver tout le monde, la fatigue, le froid, le manque de sommeil, l'inquiétude, la série de petites frustrations qui font déborder le vase... Six jours d'enfer au pays de la glace. Je vous le dis, mon mari est un saint. Au sixième jour, nous avions un nouveau système d'abreuvement. Temporaire, mais qui fonctionne. Amen.

Ce lundi, j'avoue avoir été trop fatiguée pour me lever à 4h pour rédiger un bout de blogue. D'autant qu'était prévu l'aboutissement d'un projet murit, pesé et appréhendé durant trois ans : la castration de Chimo...  Chimo, le papa de si magnifiques et adorables poulains, Chimo qui détient une part de l'âme de Namaspamoos, Chimo l’infatigable sentinelle qui veille et s'inquiète des ses filles, jours et nuits. Chimo qui aura 19 ans bientôt et à qui nous voulons offrir une retraite bien méritée au milieu de ses femmes. Une décision de la raison portée par le coeur.

C'est un mot si laid «castrer». Castrer, c'est bloquer, arrêter, freiner, mutiler... mais, pour un étalon, c'est aussi la promesse de pouvoir vivre au sein de son troupeau et baisser son niveau de stress quotidien. La castration est une chirurgie qui n'est pas sans risques chez un étalon mature. Souriez si vous le voulez, mais j'ai pris le temps d'en parler à Chimo aussi. J'avoue que si nous n'avions pas un vétérinaire aussi consciencieux et en qui j'ai toute confiance, nous aurions probablement abandonné le projet. Mais, voilà, c'est fait. Tout s'est bien passé, Chimo a été adorable. Tous les risques ne sont pas écartés, mais plus les jours passent, plus ils s'amenuisent et moins je fais de mauvais rêves.

Hier matin, mardi, je sors donc voir Chimo et faire ma tournée des chevaux - avec en priorité la surveillance de l'abreuvoir de fortune - ravie à l'idée de pouvoir ensuite rentrer m'asseoir et mettre enfin mon blogue à jour. Chimo va très bien, la plaie est propre, pas de fièvre, pas d'inquiétudes. Je vais ensuite à l'abreuvoir et j'ai le plaisir de voir que Luna et Insy sont en train de boire, j'entends l'abreuvoir qui se remplit au fur et à mesure, pratiquement aucune glace dedans : ouf, ça c'est bon aussi. Il me reste à faire le tour des chevaux, vérifier que tout le monde va bien, qu'ils ont ce qu'il leur faut.

Il fait encore -26°C, mais sans vent, c'est presque le printemps! Le troupeau est calme. La plupart des chevaux font la sieste au soleil levant. Comme le vent est tombé, plusieurs sont loin des abris, au milieu du champs, paisibles. J'ai beau être myope, je vois pourtant qu'il y a un truc qui n'est pas à sa place:

 Si, si, regardez bien, derrière Hazelle... (vous excuserez les photos moches du téléphone)



Oui, oui, c'est bien Hélios qui est AVEC les filles et à qui Ankti fait des bisous...
(Notez l'air de Pitchoune et d'Hazelle qui semblent surveiller ma réaction...)


Gros, gros soupir... Comme tout le monde est tranquille et vu l'air épuisé et béat d'Hélios, il n'est pas prêt à faire d'autres bêtises, je m'en vais inspecter les dégâts... D'abord Hélios, car je sais qu'il n'a pas pu se retrouver de ce côté sans avoir arraché une partie de la clôture, donc de se blesser cqfd. Il a une bonne entaille à l'intérieur du bras, quelques contusions. On voit qu'il a eut très chaud. Il tient debout et, quoique raide (sic), il ne boitte pas vraiment; je peux donc passer à la suite de la revue des outrages.

Un des fils de la clôture, vers le fond du champs, est rompu et enfoui sous la neige. Cet état de fait ne date pas d'hier. Toute occupée à travailler sur les problèmes d'abreuvement et sur Chimo, j'ai négligé, une semaine durant, l'inspection des clôtures... et voilà le résultat. Profitant de cet espace et fortement attisé par les bougresses qui ont dû lui dire que Chimo était hors-jeu, Hélios s'est engagé dans l'espace, s'empêtrant dans les cordes électriques et arrachant un poteau en passant. Re-soupir... 

Alors qu'Ankti, visiblement comblée, est partie prendre son petit-déjeuner, Pitchoune en profite pour venir tenir compagnie à son prince charmant qui jouit de cette petite présence calme et réconfortante...

Pitchoune n'a jamais été aussi près de son rêve...




Ils ont l'air aussi innocent que l'agneau qui vient de naitre... grrrrr! 




Un Hélios épuisé qui a été ravi de plonger la tête dans le licou que je lui présentais et qui me suivit sans rechigner lorsque je le ramenai auprès de sa légitime épouse... 

Dans dix jours, je donnerai leur "pilule du lendemain" aux juments fautives. Quelqu'un est intéressé par un poulain d'Ankti et Hélios ou Insy et Hélios? Peut-être même Azarah et Hélios? Les intéressés ont dix jours pour se manifester !

Ça fait donc trois dans la série chaotique et inexorable du battement d'aile du papillon...

«Il peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux. Une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les dernières. La prédiction devient impossible et nous avons le phénomène fortuit... Une cause très petite qui nous a échappé, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard»
Henri Poincaré, 1908.

16 février 2015

Bis Repetita


Vous souvenez-vous de cette photo, publiée le mois dernier (L'oeil d'une autre)? Elle a été prise par Léa.










Il y a quelques jours, Léa était de retour avec l'envie de faire des photos du troupeau en tenue d'hiver. Elle m'a ensuite envoyé le résultat de son travail (que j'ai commencé à partager, d'ailleurs). En voyant la photo ci-dessous, j'ai eu une impression de déjà vu... Et oui, ce sont les trois mêmes, pratiquement dans la même position, sans que cela ait été planifié!







Et sur celle ci-dessous, j'adore l'attitude de Frimoos, témoin paisible (résigné?) de cette avalanche de smoochs...



Merci Léa pour ce partage !

Pssst! Léa n'est pas uniquement une peintre magnifique, elle offre également ses services de photographe...


28 janvier 2015

Sur le sentier


Aujourd'hui, c'est le 502e article que je publie sur mon blogue ! Moi qui pensais souligner la parution du 500e, il est passé sans que je ne m'en aperçoive, vendredi.

Que de chemin parcouru depuis mes débuts de blagueuse blogueuse! Quand je l'ai débuté, je n'avais aucun objectif de durée, j'avais simplement envie de partager les images de mon quotidien avec les chevaux et quelques unes de mes idées, de distiller de petites doses de plaisir, aussi souvent que possible.

Mes premiers lecteurs ont été mon mari et ma famille, évidement. Un support discret mais inconditionnel de tous mes moments de folies et incongruités, de toutes mes décisions bizarroïdes, originales, atypiques et bohèmes. Depuis, près de 1700 personnes sont venues me rendre visite sur ce blogue, malgré (ou grâce à?) la concurrence de FaceBook où je sévis aussi. Une centaine, parfois plus, parfois moins, viennent quotidiennement. Ouf! Comme ce n'est certainement pas l'olibrius que je suis qui les attire, je tiens à dire merci à nos chevaux d'être une telle source de distraction, de sourires, de petits et grands bonheurs, de larmes aussi, parfois.

J'avoue que ce blogue (oui, oui, on dit blogue en français et blog en anglais. Comme je ne le savais pas jusqu'à récemment, vous verrez les deux orthographes selon la date de publication de l'article), je disais donc que ce blogue est parfois dur à tenir. Il est chronophage et il semble bien que mon beau-papa a bien raison de dire que plus le temps avance, plus il raccourcit, il passe vite. Il me semble qu'à mes début, j'avais le temps de concocter un article, ces heures tranquilles 4h et 6h du matin étaient amplement suffisantes.  Plus maintenant. Mais je m'accroche mordicus et on verra bien si je tiens jusqu'au millième article!

Cette progression dans le temps, pas à pas, m'a fait penser aux sentiers que tracent les chevaux (et tous les êtres qui se déplacent) dans leur environnement. Que cela soit les sentiers marqués par les biches et autres habitants de la forêt, celui des vaches qui rentrent à l'étable, celui des troupeaux dans les steppes, les savanes, les bois, les animaux créent des sentiers que nos pas empruntent infailliblement.




 Cette technique du sentier possède même un aspect bien commode : à force d'y laisser des crottins, cela fait un passage non glissant et surélevé lors des verglas ou du dégel. Les crottins isolent et le sentier reste solide assez longtemps alors que le reste du champ n'est que désolation boueuse... Ces sentiers mènent à l'abreuvoir, aux râteliers et aux abris.



 Chacun l'emprunte tout naturellement...



Même lorsqu'ils ont l'immensité d'un champ, l'itinéraire du point A au point B est pratiquement toujours le même, quoique rarement en ligne droite.




Et ce que je préfère : au bout du sentier, on trouve toujours des amis !




9 janvier 2015

Zénitude givrée


Images prises hier matin, alors que le mercure dans le thermomètre se faisait petit petit petit, après une nuit où, avec le facteur vent, on pouvait, sans exagération, parler de froid polaire.

Un bon indice du froid qu'il fait est que lorsqu'on cligne des yeux, les cils du haut et du bas se collent instantanément à cause de givre provoqué par notre respiration et cela demande un effort pour rouvrir les yeux. Une façon comme une autre de se muscler les paupières...



Toute la nuit, en entendant le vent hurler, je me demandais comment les chevaux s'en sortaient. Surtout la plus vieille et la plus jeune. L'une parce qu'elle aura 28 ans bientôt et l'autre parce qu'elle n'a que huit mois et qu'elle met toute son énergie à grandir, oubliant de se faire une petite couche de gras... Heureusement que ces poulains ont toujours de plus épais manteaux d'hiver que les adultes.

À l'aube, je les ai trouvées faisant la sieste tranquillement dans l'abri, les oreilles chaudes, sans un frisson...

D'autres étaient aux râteliers, mâchonnant leur foin paisiblement,




Et de tels froids sans neige, il me semble que c'est pire... Le redoux des Fêtes a été catastrophique pour le couvert de neige, bien qu'il neigeote sporadiquement et que la campagne reblanchisse peu à peu. Vivement la prochaine tempête !



La nature fait bien les choses et l'épaisse toison de nos chevaux les isole de froid. Ils sont si bien protégés que les glaçons ne fondent pas sur leur dos.

Une des leçons que me ressassent mes chevaux : prendre la météo comme elle vient, puisqu'on n'y peu rien changer. Et mâchonner son foin avec philosophie.

7 janvier 2015

L'oeil d'une autre


Certaines rencontres sont des retrouvailles; l'impression de deux âmes qui se connaissaient déjà et qui se retrouvent.

J'admire les œuvres de Léa Rivière depuis longtemps. Elles me parlent, viennent me chercher, m'émeuvent. Elles disent la tendresse, la complicité, l'émotion, la connexion, la fusion. Elles illustrent cet indicible qui nous élève, ce lien qui nous fait UN avec l'autre, la nature, les éléments. C'est du moins mon interprétation.

Quand le hasard mis Léa sur mon chemin, je fus ravie! Et quand je la rencontrai enfin, la citation d'Éluard prit tout son sens : Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous. Je ne dis pas que nous sommes devenues des amies intimes, loin de là ou, peut-être, pas encore, mais il est évident que chimie il y a et que j'adore tout simplement quand les astres s'alignent ainsi!

Il y a une dizaine de jours, je recevais un courriel dans lequel on pouvait y lire :
Je t’envoie les photos que j’ai faites lors de mon passage chez toi.
J’en ai fait peu ce jour-là, mais je pense que tu seras contente de les voir.
Je les aimes bien, j’y retrouve ta formidable complicité avec tes compagnons.
Cette série prise sur le vif est très chaleureuse à mes yeux et pleine de la douce tranquillité que tu irradies avec eux. (...)

C'est un message de Léa qui, cet automne, nous a rendu visite pour quelques heures d'immersion intensive dans mon univers de poilus... Et elle avait apporté son appareil photo! C'est donc son regard sur mon petit monde que je vous offre aujourd'hui, avec son autorisation bien sûr.

Comme d'habitude, pour voir les photos en plus grande taille, il suffit de cliquer dessus.


 Chimo faisant de doux yeux à sa tendre épouse, Harmony...




 Puis tout fier d'avoir su attirer son attention !




 À mon avis, Chimo est lui-même une oeuvre d'art...




 Une chose qui me frappe, c'est combien Léa sature de couleur ses photos, alors que ses tableaux sont presque monochromes.  C'est la première chose que j'ai remarquée. Comme si les tableaux montraient un monde onirique et les photos un autre, différent.



 Quoiqu'on y retrouve aussi du noir et blanc... (Mister et Pinta).




 Finalement, Chimo n'est peut-être pas toujours une oeuvre d'art!




 On pourrait croire que Passion s'est fait faire des mèches... Traitement et saturation des couleurs par l'artiste : j'aime !


OK, les suivantes, j'ai hésité à les publier, car je préfère toujours être derrière l'appareil photo, plutôt que devant. Mais, depuis le temps que je vous saoule avec mes clichés, mes textes et mes idées, autant mettre un visage sur mes mots...


 En conférence avec Pistache et Insy...




 Entretien avec Passion...



 Il semble que nous fassions souvent la même tête, lorsque nous discutons, mes chevaux et moi ! On note la/le narine/naseau frémisant/e!




 Hélios...




 Cette photo est même devenue celle de mon profil sur FB, moi qui n'y avait mis que des photos des chevaux jusqu'à présent! Elle a suscité tant de gentils commentaires... Merci Léa!




 Hélios et moi, nous ne partageons pas que les boucles et la crinière bicolore...




 Nous sommes en dialogue constant et, si parfois nos points de vue divergent, nous trouvons toujours un terrain d'entente.




 Passion qui trouve que je ne m'occupe plus assez de lui (il a raison) depuis qu'il vit avec le troupeau. Un parmi d'autre au lieu d'être l'unique. Apprendre à se partager, voilà qui n'est pas facile. Il est mon yang...




Et elle est ma ying !




 Luna... quelle belle histoire aussi !




 Passion, tableau vivant...



16 décembre 2014

Parce que c'était elle... Nymph


Hier, Nymph est partie, pour de bon cette fois.

Elle ne vivait déjà plus avec nous, mais nous avions régulièrement des nouvelles et son souvenir était partout. Je me réjouissais de la revoir au printemps...

Nymph... De penser à elle me submerge d'émotions. Des souvenirs de courage, de tendresse, de ténacité, de résilience, de nuits blanches, d'intelligence, des joies, des rires, des soulagements, de petits et de grands bonheurs qui, brodés côte-à-côte, tissent la trame d'une petite jument extraordinaire. Pendant dix ans, Nymph a partagé notre vie et elle nous a offert la sienne. Nous étions connectées l'une à l'autre, nous nous connaissions par cœur, par le cœur.


 

Nymph, sereine et attentive. Les enfants qui l'entourent ont entre 15 et 18 ans aujourd'hui. La plupart ont connus leurs premiers émois à cheval grâce à Nymph...


Avec le même groupe de personnes, huit ans plus tard... le troupeau a grandit et changé, les enfants aussi. Et Nymph est toujours là...


J'ai passé une partie de la journée d'hier à fouiller dans mes archives photos. Je m'y suis perdue quelques heures, avec chaque image remontant une foule de souvenirs. Par quel bout commencer? Comment raconter, transmettre ce qui faisait de cette petite jument abricot la joie d'un tas d'humains? Extraordinaire, hors de de l'ordinaire. Je vais me laisser guider par les photos...

 Nymph et André, il y a une douzaine d'années. Je me souviens de la plume de geai bleu que j'avais trouvée et qu'il avait piquée dans le son chapeau, de la tendresse de ce bonjour. Deux êtres présents, concentrés; deux amis.

Comme pour chacune de mes images, je me souviens des bruits, des odeurs, de l'atmosphère et des circonstances dans lesquelles elles ont été prises. Pour l'étranger, mes photos sont des illustrations. Pour moi, elles sont l'essence d'un moment.




Nymph toute jeunette (3 ans), déjà un ange avec les enfants qui pouvaient faire toutes les folies imaginables sur et autour d'elle.

Mais ne nous y trompons pas : Nymph était un excellent professeur, elle savait enseigner. Si elle pardonnait les erreurs des débutants, elle se faisait de plus en plus difficile avec le temps. Elle se conduisait à l'assiette (au poids du corps). Si le cavalier lui demandait de tourner sans lui-même tourner la tête dans la direction où il voulait aller, elle ne bronchait pas et continuait tout droit ! Quand le cavalier se plaignait que Nymph ne voulait pas tourner, je lui demandais : «Dans quelle direction veux-tu aller?» automatiquement, le cavalier tournait la tête pour me l'indiquer et, sans coup férir, Nymph tournait aussitôt !


Nymph prenait soin des humains autour d'elle, avec des précautions émouvantes lorsque les personnes étaient fragiles; que cela soit physiquement, psychologiquement ou émotionnellement.


Nymph n'a jamais eu de mors et elle a rarement porté une selle. Son rôle auprès des humains était de prendre soin des enfants, des grands débutants et des personnes qui avaient besoin d'elle. Elle offrait calme, détermination, tendresse et communication. En bonne Curly, elle n'était pas non plus dépourvue de sens de l'humour. Si elle pardonnait les erreurs de bonne foi, elle n'avait aucune tolérance pour l'arrogance et n'hésitait pas à envoyer valser les prétentieux.



Cette photo m'émeut particulièrement, car ce petit garçon si fier de se tenir debout sur le dos de Nymph est un enfant sourd qui adore les animaux. Sa complicité avec Nymph était fabuleuse et il s'est énormément accompli auprès d'elle.


Voici deux des «enfants» qui étaient sur la toute première photo, lors d'une séance improvisée d'équitation...


Et un jeune garçon qui n'avait jamais approché un cheval : d'abord un peu terrorisé lorsque nous lui avons proposé de la caresser, puis de monter; une demi-heure plus tard, la magie Nymph avait fait son effet. Comment avoir peur d'une jument aussi zen et attentive ?



Nymph prenant soin de mon neveu de trois ans... Merci ma belle.


Mais Nymph ne s'intéressait pas qu'aux humains. Elle était passionnée par tout ce qui était bébé, à deux ou quatre pattes. Qu'on lui présente un chiot, un caneton, un poussin, un cabri ou un chaton, elle le reniflait avec excitation, puis se mettait à lui parler comme les juments parlent à leurs poulains. D'ailleurs, les chats ne s'y trompaient pas et l'adoptaient régulièrement comme coussin ambulant :


Pamplemoos, un autre de nos amis à fourrure qui nous a quitté trop tôt...

 Et Yoda, bien sûr !



Raconter Nymph ne peut se faire sans se souvenir du terrible accident qu'elle eut en décembre 2003. Au petit matin, j'allais faire ma tournée et donner leurs suppléments aux futures mamans, la plupart pleines de 6 mois. Contrairement à son habitude, Nymph ne s'est pas approchée, se contentant de m'appeler. Je l'ai trouvée immobile dans l'abri, le postérieur gauche en sang, avec une plaie impressionnante. Le tendon ayant été sectionné, le muscle pointait  vers l'extérieur de la plaie. Sur le coup, je cru qu'elle avait une fracture ouverte et mon cœur manqua une marche.

Évidement, tous les éléments de la fatalité des urgences vétérinaires étaient en place : c'était une fin de semaine et un tempête de neige commençait... Le vétérinaire qui vint était une malédiction ambulante. Nous avions déjà une bonne idée de son incompétence, mais aucun autre n'était disponible, nous fîmes avec.

Il nous aida à guider/pousser Nymph et sa patte folle jusqu'à l'écurie. Il l'examina et déclara qu'elle avait peu de chance de s'en sortir, qu'elle ne pourrait plus courir, plus se coucher et surtout, plus se relever... l'euthanasie était conseillée.

C'était sans connaître l'obstination de Nymph et ma propre tête de mule (et celle d'André, l'un ne battant pas l'autre)... Nous mîmes le vétérinaire à la porte, nous disant que nous ne prendrions pas une telle décision sans autre avis. Pendant ce temps, comme une grosse veine avait été sectionnée aussi, j'avais mes deux mains en garrot sur la jambe d'une Nymph au calme olympien. Elle s'en remettait à nous, à nous de trouver la solution.

Pendant que je gardais mes mains en garrot (nous ne pouvions installer un tourniquet, car il fallait laisser passer assez de sang pour alimenter la jambe, tout en empêchant l’hémorragie), André tentait de joindre un autre vétérinaire. Il avait fait des photos de la plaie de de la mare de sang, mais pas un ne voulait se déranger (c'était bien avant l'établissement de la fabuleuse équipe de vétérinaires ambulatoires du CHUV, malheureusement). Finalement, un put se libérer. Plus spécialisé en vaches qu'un chevaux, il avait cependant de solides connaissances. Il fit un examen approfondi, nous donnant un meilleur diagnostic, nous expliquant quel tendon était sectionné, les probabilités de rétablissement et de vie normale. Ce serait long, très long à soigner. Il fallait la garder le plus immobile possible au début, surveiller les risques d'infection, refaire ses réserves de fer, etc. Nymph était enceinte de 6 mois et Katmae n'était pas encore sevrée... Nous renvoyâmes Katmae dans le troupeau qui prendrait soin d'elle en l'absence de sa mère qui devrait concentrer toute son énergie pour passer au travers de cette épreuve...

Comme nous ne pouvions déplacer Nymph, André construisit une stalle autour d'elle. De quoi s'appuyer et la maintenir, car elle ne pourrait pas marcher avant de longues semaines. Je me souviens lui avoir dit : «Perds ton bébé s'il le faut, mais nous allons sauver ta jambe.»


Six semaines après l'accident, toujours installée dans sa stalle faite sur mesure, sa plaie se comblant...
Au début, j'étais jours et nuits à ses côtés, renouvelant les bandages, surveillant qu'elle ne se couche pas et lui lisant à haute voix des passages des lectures que je m'apportais. Elle essaya une fois de se coucher, le cri d'alarme que je poussai et la douleur la convainquirent de ne jamais retenter l'expérience. Elle se mit à muer, alors je passais de longs moments à la brosser, à la masser. Grâce à l'internet, j'ai pu parler à un vétérinaire en Hollande qui me donna meilleur espoir pour sa guérison. Je me renseignai pour finalement élaborer mon propre cycle de traitement. J'ai pris des notes et des photos de toutes les étapes des soins. Comme je voyais la plaie tous les jours, les photos me permettaient de mieux me rendre compte de son évolution.

Deux mois plus tard, nous défaisions la stalle et Nymph faisait ses premiers pas. Une dizaine, tout au plus, qui la laissèrent endolorie et épuisée, mais c'était le début de sa rééducation. La plaie se fermait de plus en plus rapidement, sans granulation excessive. Nous l'emmenions faire de petites marches, quelques pas de plus chaque jour. Elle était passée de la stalle à un box plus spacieux, mais je vivais dans la hantise qu'elle ne se couche et ouvre sa plaie. Ce qu'elle ne fit pas.

Au bout de trois mois, je la lâchais pour la première fois en liberté, avec en tête un : «Ça passe ou ça casse». Ravie, elle s'essaya à quelques foulées de trot, boitante, mais c'était du trot. Ne pouvant résister à l'appel de la neige propre et fraîche, elle plia les genoux pour se rouler et je retins mon souffle; le premier vétérinaire avait dit que si elle se couchait, elle ne serait plus capable de se lever... Elle se roula, se frotta le dos avec délices, puis vint le moment de se relever. Je me souviens combien j'étais avec elle, sentant à la fois ses courbatures et sa joie d'être vivante, libre, un peu euphorique. Elle se releva avec effort, mais elle se releva d'elle-même. Il était évident qu'il y avait eu de la douleur aussi, mais c'était normal. C'est probablement là que je repris mon souffle et que je su qu'elle était sauvée.


Trois mois après l'accident, une Nymph et une humaine heureuses et fières!

Une quinzaine de jours plus tard, nous la mettions dans un petit parc avec Passion, alors poulain de presque un an. En bon échange de services, elle disciplinait Passion, alors que celui-ci l'encourageait à se déplacer, s'occupant de sa rééducation. Nymph n'avait pas perdu le bébé qu'elle portait et qui naitra à terme et en bonne santé, ce sera Nymo (première photo de l'article et ci-dessous).



Quand on connaît l'ampleur de sa blessure et la largeur de la plaie, sa cicatrice était étonnamment petite. On pouvait la voir surtout en été, alors que les poils d'hiver la recouvrait totalement. Au toucher, des années plus tard, on sentait encore l'empreinte de mes doigts qui avaient tenu en garrot durant tant d'heures.  J'avais signé mon œuvre sur sa jambe, mes mains retrouvaient exactement la position, leur empreinte moulée dans la chair. C'était notre premier travail d'équipe remporté haut la main. Nous travaillerons ensuite des années en binômes, fusionnées, son corps lisant le mien même à distance.


Katmae, sa première pouliche, née en 2003.

Nymph retrouvera pratiquement 100% de ses capacités. Le tendon sera tenu par les tissus cicatriciels, seul un œil averti remarquera une légère hésitation dans sa démarche. Comme elle ne pouvait lever ce postérieur très haut pour des raisons mécaniques, elle apprendra à compenser et à aborder les obstacles (troncs d'arbres couchés, marches) du bon pied, l'un entrainant l'autre. Et contrairement aux prévisions annoncées, elle n'hésitait pas à galoper, trotter, se rouler, menant une vie parfaitement normale. Mais c'est aussi pour la ménager que nous la réservions aux enfants et aux grands débutants; tâche qu'elle accomplissait avec générosité, tout en étant une maman stricte, tendre et dévouée.


Avec Pirouette


Avec Baktalo


Elfe, âgé de quelques heures, son dernier bébé.

Nymph et son dernier mari : Inouï, fils d'Harmony et père de Elfe.

Nymph en «sage-jument» accueillant Chazaam, la fille de sa grande amie Jolie.


Nymph et Chimo, une histoire d'amour passionnée, son mari
(les autres étaient des amants de passage !)




Elle a toujours gardé une certaine tendresse pour Passion, elle est un peu sa marraine...



Avec Chimo, complicité...

Ceux qui me connaissent savent que je suis mes intuitions, que j'agis énormément d'instinct et que cela me trahis rarement; quoiqu'il m'arrive de m'interroger sur le bien fondé d'une décision. Le temps finit toujours par me donner des réponses dont j'espère bien tirer leçons.

C'est pourquoi, lorsqu'en 2012, j'acceptai d'envoyer Nymph en France, beaucoup ont cru que j'étais tombée sur la tête... mais mon instinct me disait que c'était la bonne chose à faire, malgré mon cœur meurtrit et mes révoltes intérieurs. Je savais qu'elle ne trouverait pas meilleure maison. Qu'elle serait soignée, aimée, appréciée et qu'elle pourrait poursuivre son œuvre de chaman.


Il y a deux ans, presque jour pour jour, je les accompagnais dans leur long périple vers la Drôme Provençale... Sentiments mélangés, cœur partagé, savoir que l'on fait bien ne dit pas qu'on le fait avec plaisir. Nous avions toutes deux une mission à accomplir.



Nymph dans ses quartiers de rêve, avec une nouvelle amie. Elle ne semble pas trop malheureuse !





Voici ce que son humain français m'écrivait, hier, suite à sa disparition :
«Je pense à toi, à vous, qui avez passé dix années avec Nymph. Cette jument si présente. À tout ce que vous avez vécu ensemble. Pour moi, c'est la seule jument que j'ai vu mettre bas et c’était l’âme du troupeau. Son absence va peser lourd. (...) Incroyable de confiance. Comme souvent, sa forte présence en faisait un être qui ne pouvait disparaître.»

 
Nymph ! Nymph ! Même si c'est à mon cœur défendant que je t'ai envoyée de l'autre côté de l'océan, je n'ai jamais regretté cette décision. Tu étais à ta place, là où tu avais quelque chose à accomplir. Et je ne pouvais rêver meilleure maison pour toi. Nous faisons ce que nous pouvons avec les cartes de l'instant, le reste appartient à la vie. (Agnès Ledig)




Quelques jours avant le départ pour la France...

C'était une belle âme qu'elle n'a jamais hésité à partager. Une chaman... elle nous reviendra bien sous une forme ou une autre !



 En 2010, en compagnie de ses copines, elle posait pour notre carte de vœux de fin d'année...




En partageant ton âme avec moi, tu as conquis une part de la mienne. Bon voyage, ma belle.
Je ne doute pas que le paradis des chevaux t'ait ouvert grand ses portes.
Tu nous manque déjà, encore, toujours.